16.03.2007
CAUSES et CONSEQUENCES de la guerre en Irak
Causes et conséquence de la guerre en IRAK
1. L’origine de l’Etat irakien Un pays entre différentes influences
Si la ville de Bagdad est fondée en 762 après J-C, par les Abbassides, il n’est pas possible de parler d’état irakien avant le XIX°s. En effet, avant cette période l’Irak n’est qu’une province aux limites vagues des empires islamiques qui contrôlent la région au Moyen-Age.Le dernier de ces empires est l’Empire ottoman :
En 1707 un gouverneur turc s’installe à Bagdad avec l’accord du chef mamelouk local.
En 1831, les Turcs prennent le contrôle direct de la région. Ce qui deviendra l’Irak est alors partagé en trois districts qui correspondent aux grandes villes : Mossoul au nord, Bagdad au centre et Bassora au sud.
Les Turcs gèrent cette région comme ils gèrent le reste de leur empire : un gouverneur, une garnison et une administration fiscale imposent à la fois relative stabilité mais aussi pression fiscale plus ou moins bien vécue par les habitants.
La population locale a un mode de vie très rural. Les villes sont très modestes et les gens ont d’abord des références locales. L’économie est ainsi autarcique. Dans les campagnes ont produit pour soit, un peu pour ma bourgade proche et rarement pour ailleurs. Peu alphabétisés, souffrant de tous les maux des sociétés pré modernes les irakiens subissent un temps où rien ne change.
Les irakiens ne se sentent pas irakiens, mais avant tout membre d’une tribu (clan associant plusieurs familles élargies) et aussi divisés en groupes linguistiques ou religieux. Depuis le Moyen-Age les musulmans chiites et sunnites se disputent la domination politique de la région.
Sunnites et Chiites s’opposent au niveau religieux sur la succession du prophète Mahomet : les sunnites suivent les écrits et les paroles de ses proches et les chiites suivent les partisans de sa famille (notamment la fille Fatima). Des massacres réciproques ont opposé les communautés au Moyen-Âge. Au-delà de querelles théologiques Sunnites et Chiites sont avant tout divisés en communautés et systèmes sociaux hermétiques, fermés et rivaux. 80 % des musulmans dans le monde sont sunnites.
A partir du milieu du XIX°s, les grands Etats européens commencent à pénétrer le Proche-Orient : Anglais, Allemands et Français s’implantent dans la région par l’intermédiaire de grandes sociétés commerciales (banques, transports, etc.). L’empire ottoman laisse ces compagnies capitalistes (sociétés par actions) apporter modernisation (ex : le canal de Suez) mais aussi influences politiques.
Dans les districts irakiens, les Anglais fondent une société de transport sur le Tigre et les Allemands investissent dans les chemins de fer. Des accords sont passés entre les tribus locales et les Européens. Très peu urbanisée, la région est partagée entre sédentaires et nomades affiliés à des grandes tribus. Les Turcs règnent uniquement dans les villes.
En 1914, les Turcs s’allient aux Allemands. Dès 1917, les Britanniques qui ont stipendié des tribus arabes en Arabie envahissent l’Irak et contrôlent la région. Après 1918, la zone de l’Irak est sous influence britannique.
En 1920, tout le Proche-Orient est partagée entre Français et Anglais (accords Sykes-Picot). L’Irak passe sous contrôle britannique.
Le contrôle de l’Irak par les Anglais provoque des révoltes. Dès la conquête de 1917, les avions britanniques utilisent des gaz de combat contre les Chiites du sud. Nouveaux troubles après les accords de 1920.
Préférant passer par un régime fantoche les Anglais installe le roi Fayçal Ier de la dynastie hachémite (dynastie actuelle en Jordanie). Derrière une apparence d’autonomie (ministres irakiens) le régime reste contrôlé par les Britanniques. Dès cette période, l’Irak, apparemment indépendant, voit ses frontières contestées par la Turquie au nord (revendication sur Mossoul), par la jeune Arabie Saoudite. De plus, Chiites et Kurdes redoutent la monarchie.L’Irak est comme aujourd’hui une mosaïque de peuples et de tribus très peu en relations.
Le nord de l’Irak est peuplé de plusieurs populations de langue kurdes et de religion sunnite. Population essentiellement positionnée dans les montagnes du nord de l’Irak et présente en Turquie, en Iran, en Syrie aujourd’hui. Système social tribal et féodal : grandes familles claniques qui contrôlent des sous-clans (partis kurdes actuels). Fortes rivalités et guerres internes mais aussi solidarité face aux menaces extérieures (société montagnardes).
Ils ne se reconnaissent pas dans la monarchie hachémite et redoutent les Européens qui avaient accepté l’idée d’un Etat kurde avant de se rétracter. Le centre de l’Irak (région de Bagdad) est occupé par des arabes sunnites qui étaient plus ou moins proches des Ottomans puis des Anglais.
Le sud de l’Irak est habité par plusieurs populations chiites : certains sont de langue perse (farsi) et se considèrent aujourd’hui comme iraniens et d’autres sont de langue arabe et chiite depuis de XVIII°s.
En plus de ces trois grands groupes il existe plusieurs dizaines de minorités religieuses (chrétiens, juifs, etc.) ou linguistiques (azéris, turcophones, assyrien, dialectes arabes…). La société est communautaire, c'est-à-dire divisée en tribus plus ou moins rivales et où les mariages arrangés accentuent et perpétuent cette division de la société. Il n’existe pas à cette époque de culture de l’Etat. Avant d’être fidèle à un Etat ou un roi, on est d’abord, fidèle à son clan et son chef local ou régional. Le pouvoir du roi Fayçal Ier repose donc sur une base très étroite : quelques sunnites du centre et surtout la force de frappe britannique. Les Kurdes espèrent tôt ou tard fonder un Etat à eux. Les Chiites ne se sentent pas représentés par le roi de Bagdad et les minorités cherchent à être protégées par les potentats locaux.
L’Irak devient officiellement indépendant en 1930, mais un accord entre Bagdad et Londres permet à l’armée britannique de circuler librement en Irak et d’installer des bases permanentes.
Dès 1927, les premiers puits de pétrole sont directement contrôlés par une société qui appartient à des actionnaires français et anglais.
Le mécontentement augmente autour de la question du pétrole. Même les Sunnites des villes (éduqués) comprennent que les Européens volent en grande partie les richesses naturelles du pays : les soutiens de la monarchie inexistants au nord et au sud se réduisent au centre.
1945-46 : une rébellion kurde soutenue par l’URSS est suivie de l’intervention militaire britannique.
Début des années 50 : les Anglais versent plus d’argent à l’Irak contre le pétrole, mais l’agitation nationaliste se poursuit.1955 : les Etats pro-occidentaux de la région signent « le pacte de Bagdad ». Influence américaine progresse contre l’URSS.
1956 : échec de l’expédition franco-britannique en Egypte (affaire du canal de Suez), les Etats-Unis remplacent progressivement les Européens dans la région.A cette époque l’Irak est donc une sorte de coquille vide : le pouvoir central est très peu soutenu et surtout est contesté en interne à cause de la répartition des bénéfices pétroliers. Il ne tient que par et pour les intérêts anglo-saxons.
L’Etat est encore très virtuel, sans frontières stables et surtout la société est éclatée entre différentes communautés plus habituées à quémander une protection des plus forts (Turcs très longtemps) plutôt qu’à discuter démocratiquement entre citoyens.
2. L’Irak de 1958 à 1991, La modernisation et les guerres
14 juillet 1958 : des militaires renversent la monarchie (comme en Egypte) : le général Kassem s’impose. L’année suivante, l’Irak se retire du pacte de Bagdad.
Mais ce nouveau régime, plus indépendant de l’Occident, n’en réduit pas moins les divisions intérieures de l’Irak : les Communistes (très influents chez les Chiites du sud) sont réprimés en 1960 et les Kurdes lancent une rébellion qui ne cessera finalement jamais complètement.
1963 : le général Kassem est renversé par des officiers baasistes.PARTI BAAS : « renaissance » en arabe fondé en 1947 par le chrétien Michel Aflak qui considère que les arabes doivent s’unir en une seul Etat qui reposerait sur le socialisme, la modernité et une certaine laïcité. Le slogan est unité (dans un seul Etat), liberté (vis-à-vis des Occidentaux) et socialisme (contrôle de la grande propriété par l’Etat et non des banques occidentales pour des chefs féodaux). Le parti Baas prend le pouvoir en Syrie et en Irak.
1963-68 : gouvernement des frères Aref, le général Al-Bakr prend le pouvoir et se rapproche de l’URSS.
1972 : accord de coopération avec l’URSS et nationalisation du pétrole. Mais l’instabilité se poursuit en zone kurde et en zone chiite.
1975 : accord avec l’Iran du shah sur le débouché maritime de l’Irak.
1979 : le premier ministre S. Hussein prend le pouvoir et se rapproche dans un premier temps de l’Occident. Il brise le PCI (éloignement avec l’URSS) et purge le Baas.
1980 : poussé par les pays arabes les plus conservateurs et soucieux de couper les bases de la rébellion chiite S. Hussein attaque l’Iran en pleine révolution islamique. Malgré l’aide financière des pays du Golf et les armes françaises et soviétiques l’Irak peine face aux offensives des Iraniens. Une guerre dans la guerre oppose alors l’armée de S. Hussein aux irakiens du sud et du nord soupçonnés d’aider les Iraniens.1988 : accord de cessez-le-feu entre l’Irak et l’Iran, fin effective de la guerre qui a fait des centaines de milliers de morts et gaspillé des centaines de milliards de dollars.
Le jeu américain à cette époque est d’avoir soutenu les deux pays pour les affaiblir réciproquement. Washington redoute en réalité les pays qui pourraient se montrer indépendants de l’Occident, ou pire, proches de l’URSS.A la fin des années 1980 l’Irak n’est donc pas sorti de ses vieux démons : une minorité baasiste puis carrément clanique autour de S. Hussein contrôle les différents pouvoirs, l’argent du pétrole et terrorise le reste de la population. L’Etat de guerre a transformé S. Hussein en chef armé plus impitoyable que jamais.
Malgré ce bilan les années 60-70 voient l’Irak se moderniser. Le général Kassem impose des lois progressistes notamment vis-à-vis des Femmes. S. Hussein généralise la scolarisation des enfants de toutes origines, les minorités religieuses sont respectées tant qu’elles ne font pas de politique, etc. Des pays comme la France vendent du matériel sophistiqué. Une classe moyenne émerge dans les grandes villes.
3. De 1991 à 2003, l’abîme
L’Irak face à la politique américaine
Au début des années 1980 l’Irak est épuisé par la guerre de 8 ans : moins peuplé que l’Iran l’Irak est exsangue avec un appareil militaire surdéveloppé et surtout très endetté vis-à-vis des autres pays arabes (dette de 80 milliards de dollars).
Les différents frontaliers n’ont jamais cessé surtout avec le Koweït, minuscule pays désertique qui possède à lui seul autant de pétrole que tout l’Irak. En 1990 une majorité d’habitants sont des immigrés (dont 400 000 palestiniens) qui travaillent pour une minorité possédante.
Bagdad accuse le Koweït de pomper du pétrole sous la frontière et de maintenir le prix du pétrole très bas alors que l’Irak avait protégé le pays de la révolution iranienne. Bagdad veut rembourser au plus vite ses dettes.
Le ton monte et S. Hussein demande alors à l’ambassadrice américaine en Irak quelle serait la réaction américaine en cas de conflit avec le Koweït. La réponse de la diplomate est assez neutre, qualifiant cette affaire de querelle interne à l’Irak.
2 août 1990 : S. Hussein envahit le Koweït en quelques heures et sans résistance. Une vaste armada internationale se met alors en place en Arabie Saoudite. Un embargo international est décrété par l’ONU.
Les Etats-Unis, fidèles à leur politique habituel de « diviser pour régner » ne veulent en aucun cas qu’une puissance indépendante n’émerge dans la région : l’Irak + le Koweït = 20 % du total des réserves mondiales. Qui contrôle cette manne contrôle les prix et donc l’économie mondiale…
Les USA ont-ils tendus un piège à S. Hussein ? Possible, mais pas certain car en 1990, alors que l’URSS est sur le point de disparaître les USA ne sont pas si impliqués que ça au Moyen-Orient, mais ils saisissent l’occasion pour s’imposer comme la seule puissance mondiale. Une coalition internationale de 26 pays regroupant 700 000 hommes. 17 Janvier / 23 fev 1991: bombardements massifs sur l’Irak et le Koweït.Puis début de l’offensive contre l’Irak : la disproportion des forces est énorme : 500 000 soldats américains très bien équipés face à une armée irakienne peu mobile et mal entretenue.
Les tirs de missiles scuds irakiens sont peu efficaces militairement. Après plusieurs semaines de bombardements qui font entre 100 000 et 200 000 morts l’Irak capitule et se retire du Koweït qui voit s’installer des bases américaines. Moins de 500 morts déclarés côté occidental.Totalement vaincu l’Irak doit payer des réparations de guerre au Koweït, accepter de détruire ses armes chimiques (vendues par les mêmes pays). L’embargo est maintenu et cela prive les irakiens des ressources nécessaires pour alimenter leurs services sociaux (hôpitaux notamment).
Les Etats-Unis ne sont pas inquiétés pour avoir utilisé des produits chimiques avec leurs propres soldats (syndrome dit de la « guerre du Golf »).
La gestion médiatique de la guerre a été parfaite puisque les journalistes de tous les pays ont relayé le discours du Pentagone sur par exemple les « frappes chirurgicales ».
La question du régime de S. Hussein se pose. Que faire ? Faut-il renverser le régime ? Et le remplacer par quoi ?
En Irak Kurdes et Chiites se soulèvent et poursuivent en fait leur guerre débutée contre Bagdad dès les années 1920… G. Bush père les encourage avant de laisser les derniers bataillons fidèles à S. Hussein réprimer la révolte. La « garde républicaine » une troupe d’environ 30 000 hommes mieux équipée et mieux armée que le reste de l’armée irakienne se charge du sale travail. La répression fait à son tour des dizaines de milliers de morts. Une fois les révoltes écrasées les USA imposent à Bagdad deux zones d’exclusion aériennes au nord et au sud.
Pourquoi avoir relancer le régime de S. Hussein ?Pour plusieurs raisons :
- un S. Hussein faible et sous contrôle rendait plus de services qu’un autre régime. Sans S. Hussein les Kurdes auraient sans doute proclamer leur indépendance ce qui aurait gêner la Turquie pays musulman le plus proche des USA (membre de l’OTAN), majoritaires les chiites auraient probablement fait une révolution islamique comme en Iran (opposition des USA), quant aux pays sunnites proches des USA (Jordanie, Arabie, etc.) ils souhaitaient voir des Sunnites rester en place à Bagdad.
De 1991 à 2003 l’Irak va donc rester une sorte de cible que les Américains vont ponctuellement bombarder.
1993 : bombardements américains suite à un complot visant à tuer G. Bush père en visite au Koweït.
1998 : Clinton en pleine affaire « Moniquagate » bombarde aussi l’Irak.
L’Irak se laisse désarmer mais accuse les experts de l’ONU d’être des espions de la CIA, accusations partiellement reconnues par S. Ritter chef de la mission de l’ONU qui dénonce la main mise des Américains dans ses inspections.
SCOTT RITTER, ex marine américain, a dirigé les inspecteurs de l’ONU en Irak de 1993 à 1998. Démissionne en 1998 quand il se rend compte que la CIA le manipule en Irak. Dès 2002 il dénonce la volonté de Bush et des néo-conservateurs de vouloir envahir l’Irak. Pour lui dès 98 plus de 90 % des ADM étaient détruites en Irak.
De 1991 à 2003 l’embargo ruine tous les côtés modernes de l’Irak : éducation, santé, droits des femmes… S. Hussein ne peut plus financer ses réformes sociales et laisse l’islam (ou les religieux chrétiens) reprendre la place qui était la leur avant les années 1960. Plus que jamais la société se fragmente en communautés qui attendent la fin du régime. Les rares espaces où se mélangeaient les irakiens sont ruinés (hôpitaux, universités, armée…).
S. Hussein réhabilite même les tribus, associations de clans élargis qui gèrent localement ce que l’Etat irakien ne peut plus faire.Face à cette situation le Baas de S. Hussein déjà débarrassé de tous les éléments non fidèles au président s’islamise de plus en plus. Si S. Hussein refuse toute contacts avec les partisans de Ben Laden (qui menaceraient son pouvoir) il laisse ses proches utiliser l’islam comme discours d’opposition à l’Occident.
La mention « Dieu est grand » est rajouté au drapeau, des cours de religion sont donnés aux officiers et au parti Baas, des mosquées géantes sont construites, etc. Au-delà du côté religieux S. Hussein sait que seul l’Islam fédère quelque peu la grande majorité des irakiens.
Comme ses diatribes anti-israéliennes, la posture islamique est une sorte de discours écran qui veut masquer la ruine du régime.
4. Après l’invasion de 2003. Occupation, crimes et guerre civile.C’est après le 11 septembre 2001 que les Etats-Unis relancent l’idée d’attaquer l’Irak.
Pourquoi avoir changé d’opinion par rapport au moment où la coalition de 1991 laisse la « garde républicaine » massacrer les rebelles ?
Malgré la parenté entre G. Bush père et fils pas mal de différences idéologiques séparent les deux présidents. G. Bush père c’est la vielle école républicaine. C’est une vision de la guerre froide qui domine encore en 1991 : les USA doivent avancer leurs pions mais surtout pas se fixer sur un terrain qui pourrait leur être fatal (Vietnam, Afghanistan pour les Russes, Somalie, etc.). L’opinion ne veut ni ne peut tolérer un nombre élevé de victimes occidentales.G. Bush père préfère donc une domination indirecte et surtout économe en vies américaines. Cette option demeure à l’époque de Clinton qui doit retirer en catastrophe ses forces de Somalie (stratégie du « zéro morts »)
G. Bush fils est entouré de néo-conservateurs, un courant de pensée qui va bien plus loin que la stratégie habituelle du parti républicain : il s’agit de faire des USA un pays phare dans le monde. Unifier le pays à l’intérieur avec des valeurs patriotiques et conservatrices socialement, mais surtout imposer au monde le leadership américain par le commerce, la démocratie et les interventions armées.G. Bush fils y trouve de quoi alimenter sa vision du monde :
- le « Bien » (une élite) contre le « Mal » (une masse). - la guerre pour imposer des régimes démocratiques et libéraux (nation bulding) - une morale (religieuse) pour légitimer les guerres - primauté des décisions américaines (unilatéralisme) contre l’ONU, l’Europe, la France, etc.Les néo-cons entourent Bush fils et surtout cherchent à enrayer le déclin des USA par une fuite en avant militaire et impériale. Ils sont les artisans de la volonté d’attaquer l’Irak et souhaitent pour résoudre les problèmes du Moyen-Orient généraliser le commerce « grand Moyen-Orient » sous prétexte que le libre-échange évite les guerres. Mais la dynamique de 1990 s’est brisée. Peu d’Etats croient aux arguments des américains pour attaquer Bagdad. Les gouvernements savent que l’Irak n’a plus d’ADM, plus de potentiel nucléaire et n’a pas de contact avec Ben Laden. Les opinions sont hostiles à la guerre et se mobilisent quand l’Espagne, l’Italie ou la GB envoient les troupes. L’ONU bloque et surtout le triple veto des Russes, Français et Chinois force les américains à attaquer sans légitimité internationale.
Le 15 février 2003 des millions de gens descendent dans les rues pour s’opposer à la guerre.
La Turquie (parlement) refuse le déploiement de soldats US.
L’invasion de 2003 débute le 19 mars et s’achève officiellement le 1° mai.
9 avril 2003 : chute de Bagdad et débuts de plusieurs jours de pillages (scandale des œuvres d’art).
Guerre classique, les USA exploitent leur puissance écrasante : bombardements très intenses, blindés qui remontent vers la capitale, opérations commandos… Face à un pays ruiné, démoralisé et sans perspective l’armée irakienne résiste peu mais l’invasion ne se fait pas sans erreurs : de nombreux civils meurent et 173 soldats anglais et américains sont tués.
Le mécontentement de la population arabe est générale, un peu partout des volontaires viennent s’enrôler contre les Américains. Négligeant les Américains laissent les frontières ouvertes.Mise en scène du renversement de la statue de S. Hussein. Il y a finalement peu de monde.
Mais il reste une question : qu’est devenue l’armée de Bagdad ? C'est-à-dire la GR (environ 25 000 hommes dont la division Hammurabi) qui est restée le seul corps militaire à peu près compétente.
Il semble que des généraux irakiens aient négocié « l’ouverture » de la ville aux troupes étrangères. Or les Américains dissoudront toutes les institutions irakiennes.
18 avril 03 : premier gros contrat de « reconstruction » pour Bechtel.
Le 22 mai 03 l’ONU entérine l’occupation de l’Irak et demande à la coalition de prendre en charge le pays.
Le 23 mai : Paul Bremer (proconsul) dissout les organes de l’Etat dont les services de sécurité. Il en résulte dès le début de l’occupation des vagues de pillages.
31 mai : les USA annoncent qu’ils occuperont le pays plus longtemps que prévu. Ils demandent à la pop de rendre les 5 millions d’armes légères distribuées par S. Hussein peu de temps avant l’invasion.
1° juin 03 : le parlement britannique réalise que des rapports sur l’armement de l’Irak ont été réécrits.
13 Juin 03 : premières attaques visant des soldats US revendiquées par divers groupes armés, vraisemblablement liés au Baas (en zone sunnite) : 27 morts.
14 et 30 juin 03 : vaste offensives militaires dans le nord-ouest de Bagdad.
23 juillet 03 : premier rapport d’Amnesty international sur les violations des droits de l’H. Civils maltraités (armée US peu préparée à la gestion du pays). Les exilés de retour sont peu efficaces.
25 juillet 03 : Moktada Al Sadr (fils d’un chef chiite indépendant de l‘Iran tué par SH) demande le retrait des troupes à Nadjaf.
19 août 03 : attentat contre le siège de l’ONU (22 morts).
29 août 03 : al Hakim chef chiite modéré est tué dans un attentat2 octobre 03 : les inspecteurs affirment qu’aucune ADM n’a été trouvé.
27 oct 03 : 5 attentats suicide visent la croix rouge et des postes de police…
27 nov 03 : l’ayatollah chiite Sistani exige des élections au plus vite
19 déc 03 : capture de SH dans son fief de Tikrit. Généralisation des actes anti-américains.
Janvier 04 : des attentats visent les centres de recrutement de « l’armée irakienne » (chiite)
1° fev 04 : plus de 100 morts dans un double attentat au Kurdistan contre les partis kurdes.
2 mars 04 : plus de 100 morts à Kerbala contre les Chiites.
31 mars : 4 mercenaires US sont tués à Falloudja.
4 avril 04 : affrontements armés entre les US et la milice de Sadr dans les villes chiites.
5 avril 04 : offensive US contre Falloudja.
28 avril 04 : scandales des tortures à Abou Graïb (tortures vues dans les séries US)
30 avril 04 : les américains renoncent à prendre Falloudja (centaines de morts irakiens)
11 mai 04 : video de la décapitation de N. Berg par Zarkaoui.
19 mai 04 : 41 civils irakiens sont tués par les USA par « erreur » dans un mariage
28 juin 04 : « transfert de souveraineté » au « gvt » irakien.
Enlèvement de journalistes étrangers par des groupes sunnites.
5 Août 2004 : siège de Nadjaf où est retranché Al Sadr après des semaines d’affrontements.
26 août 04 : retour de Sistani et cessez-le-feu Sadr / USA.
8 sept 04 : cap des 1000 soldats US tués franchit.
9-17 août 04 : offensive sur Tell-Afar (250 morts)
2-3 oct 04 : offensive sur Samara (150 morts)
15 oct 04 : offensive sur Falloudja (10 000 soldats US engagés)
19 dec 04 : 66 morts dans des villes chiites (attentats)
30 Janvier 05 : premières « élections » qui voient les Chiites gagnent avec plus de 48 % des voix, Kurdes 25 %. Forte participation.
28 fév 05 : 118 morts à Hilla (zone chiite) : attentat de Zarkaoui.
7 avril 05 : al-Jaafari est nommé 1° ministre (chiite)
15 mai 2005 : découvertes de sunnites attachés et massacrés, les sunnites accusent la brigade al Badr
13 juillet 05 : 32 enfants tués dans un attentat visant des soldats US
31 août 05 : bousculade entre chiites (env 1000 morts)
15 oct 05 : 78 % de OUI à la constitution fédérale (référendum)
15 dec 2005 : législatives : 78/275 pour les chiites ; 53 pour les Kurdes et 44 pour les sunnites
22 fev 2006 : attentats contre la mosquée chiite de Samara (sunnite) : 450 morts sunnites en représailles
20 mars 05 : le magazine Time révèle que 15 civils irakiens auraient été tués par des Marines en novembre 2004 près de la ville de Haditha (ouest de l'Irak) en représailles après que leur véhicule eut été atteint par une bombe
22 avril 05 : Maliki 1° ministre 4 mois après les législatives
7 juin 2006 : mort de Zarkaoui dans un bombardement, sans doute lâché par les siens.
18 juillet 06 : environ 100 civils irakiens meurent chaque jour (ONU)
12 oct 06 : une étude du Lancet (RU) évalue à plus de 650 000 le nombre d’irakiens tués depuis 2003.
23 nov 06 : 150 morts dans des attentats à Sadr City (chhite)
28 dec 06 : plus de 3000 soldats US tués30 dec 2006 : pendaison de SH qui soulève des critiques dans de nombreux pays (insultes contre les Chiites).
Dec 2006 : élections de mi mandat perdues pour G. Bush aux USA : majo démocrate plus que critique sur le résultat de la guerre : rapport Hamilton / Baker qui recommande une sortie d’Irak dès 2008.
Fin 2006 : généralisation de la guerre civile suite à l’attentat de la mosquée de Samara. Tentative saoudienne de calmer le conflit.
Fev 2007 : Sadr en Iran
Mars 2007 : conférence internationale de Bagdad
Les américains veulent instaurer à la fois une démocratie (sensée résoudre tous les problèmes communautaires) et un régime favorable à l’invasion. G. Bush qui connaît très peu la région s’appuit sur quelques exilés irakiens, mais ces derniers n’ont aucune représentativité sur place et jouent un double jeux (anecdote de Chevalérias sur le secrétaire de Ouddaï). Au nord les partis kurdes dominent et imposent leur ordre sur place ce qui mécontente la Turquie (qui s’est opposée à la guerre). Au sud des partis chiites liés à l’Iran laissent passer les américains mais se souviennent de leur mansuétude vis-à-vis de S. Hussein en 1991, ils savent que G. Bush considère Téhéran comme faisant parti de « l’axe du mal ». Deux tendances se dessinent chez les chiites :- un courant pro-iranien qui laisse agir les américains tant qu’ils ne menacent pas leur influence ou l’Iran. Deux partis majoritaires au gouvernement : al Dawa + CSRII avec son bras armé la bridage Badr (10 000 hommes très organisés qui ont infiltrés la police et l’armée)
- un courant nationaliste animé par Moktada al Sadr qui rejette dès le début l’occupation et critique même la constitution fédérale. Courant aujourd’hui éclaté en divers sous-tendances (notamment à Bassora)
Côté sunnite les américains les amalgament tous derrière le parti Baas qui est dissout et interdit.
Déçus et redoutant une domination des chiites et des Kurdes les sunnites s’engagent assez vite dans une résistance armée à l’occupant qui multiplie les bavures et autres brutalités. C’est le cas à Falloudja quand une manifestation pacifique qui réclame le départ des troupes est mitraillée (plusieurs morts).
Assez vite des anciens officiers de l’armée ou du Baas organise la résistance dans les zones sunnites (Falloudja, Ramadi, Baqouba). Dès le mois de juin des groupes divers « islamiques » revendiquent des attentats contre des soldats.
Assez vite deux types d’actions ont lieu en zone sunnite : des bombes explosent au passage de véhicules de guerre américain et des snipers tuent des soldats en faction.
Incapables de maintenir le calme malgré des opérations militaires lourdes les Américains subissent des pertes constantes (env 3 morts / jour) soit plus de 3200 morts et des milliers de blessés lourds très mal pris en charge à leur retour.
Nouvelle « stratégie » pour suivre l’armée finalement très septique. (Discours de Petraeus).
Env 20 000 mercenaires sont présents en Irak pour sécuriser les entreprises américaines qui profitent des contrats de « reconstruction ». Plus de 500 ont été tués.
Pour conclure la guerre en Irak a débuté en 2003 et n’en finit par pour les Américains et leurs alliés et la guerre civile (plus meurtrière) se poursuit avec une nouvelle intensité avec des causes des années 20.
Les divisions internes et les interventions extérieures déchaîne la violence et a pour résultats (en interne) :
- la ruine totale de l’état irakien
- la fuite des cerveaux, des millions de réfugiés, une société éclatée
- une poussée des extrémistes
A l’extérieur :
- une armée américaine embourbée et coupables de crimes variés
- un Occident rejeté en bloc par les opinions publiques arabes
- des interventions des pays voisins qui s’opposent sur le terrain irakien (Turquie, Arabie, Iran, etc.).
L’enjeu de la guerre actuelle est de savoir qui contrôlera l’Irak au XXI°s car le pays est un carrefour stratégique qui intéresse plusieurs grandes puissances : l’Arabie (Sunnites), l’Iran (chiite) mais aussi les gros consommateurs de pétrole (USA, Eur et Chine).
L’élément qui recoupe les contradictions internes et les interventions externes reste le PETROLE. En effet, les deux guerres contre l’Irak ont été motivées d’abord et avant tout par le libre accès au pétrole irakien par les grandes Cies US.
Aujourd’hui le pétrole irakien n’est plus nationalisé.
Chaque région (constitution fédérale) est libre de signer des contrats avec les Cies de leur choix, or, le gvt central gère le pétrole avec des conseillers américains qui ont déjà positionner des entreprises américaines : explorations, forages, puits, etc.
Le but est d’éviter que d’autres pays ou un Irak indépendant contrôle son pétrole. Les soldats US sont en lutte uniquement contre les mouvements opposés à cette privatisation (groupes sunnites + Sadr).
La crise est tellement multiple qu’il n’existe pas de solutions miracles, mais le retour sur les erreurs commises en 2003 seraient un bon début, c'est-à-dire retrait des forces étrangères et encouragement à la constitution d’un Etat non communautaire et vraiment au service des citoyens.
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