26.09.2009

CRITIQUES du livre de D. Gorteau : La guerre en Irak est-elle finie ?

Je recommande ce livre a toute personne ne connaissant que peu de choses sur cette région-là du monde, car en 273 pages, c’est toute l’histoire du Moyen-Orient (et des Etats-Unis) qui est résumée de manière concise et intelligente.

pour Unité Populaire, Piero Falotti, la suite : http://quefaire.e-monsite.com/rubrique,critiques-livre-de...

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25.08.2007

dernières nouvelles d'IRAK

Article à paraître dans le n° 26 de Rébellion http://rebellion.hautetfort.com/

 

IRAK,

cimetière du néo-conservatisme  

 

 

            « A l’enfer qu’est devenu l’Irak… » : voilà les ultimes paroles de Saddam Hussein avant sa mise à mort. A la fois tyran et militant courageux, il est difficile de savoir ce que retiendront les Irakiens de leur ex-président, tellement le quotidien en Irak est catastrophique. L’invasion brutale de 2003 et l’essor des violences martyrisent toutes les régions et tous les secteurs du pays… Quels espoirs pour l’avenir ?

 

 

  1. Le martyr sans fin de la population  

 

            Le bilan de cette guerre voulue par l’entourage néo-conservateur de Georges Bush est un désastre multiforme qui ne laisse aucun protagoniste intact.

            Malheureusement, la principale victime de cette aventure militaire est la population et surtout les civils pris en otage par les groupes armés.

Le plus visible et le plus détestable de ces groupes est bien entendu l’armée américaine et ses alliés occidentaux et/ou mercenaires. Au quotidien, en charge de la « sécurité », les opérations anti-terroristes des USA ravagent le pays en utilisant les pires méthodes pour s’imposer, c’est-à-dire châtiments collectifs, tortures et répression aveugle. Le comportement des GI’s est si abjecte que la hiérarchie de l’armée a du se résoudre à juger quelques soldats pris la main sur la gâchette, mais, comme lors de la guerre du Viêt-Nam les procès pour crimes de guerre ne révèlent et ne châtient qu’une infime partie des crimes commis. Comme le disent certains soldats de retour aux USA « Un irakien mort, c’est banal » et peut importe qu’il soit innocent ou non, enfant ou combattant.

 

            Autres tortionnaires de la population : les groupes armés à connotation communautaire. Profitant du chaos et continuant des luttes entamées parfois dans les années 30, des milices aux méthodes et aux chefs intraitables s’entretuent par attentats et massacres interposés pour chasser la communauté rivale d’un territoire convoité. A ce jeu morbide, aucune force politique ou religieuse ne déroge. Tantôt agresseurs, tantôt agressés, les groupes armés ne font aucun quartier. On voit ainsi depuis plus d’un an des groupes sunnites extrémistes (se réclamant souvent d’Al Qaïda) attaquer les quartiers chiites alors que des milices chiites pro-iraniennes et liées au « gouvernement » irakien ripostent en faisant de même dans les quartiers sunnites. Ainsi ramasse-t-on chaque matin à Bagdad des dizaines de civils enlevés, tués ou victimes de bombes.

            Mais sunnites et chiites ne sont pas les seuls à s’entretuer : certains Turcomans[1] sont persécutés par les Kurdes qui veulent les chasser du Kurdistan autonome. Et le 19 août 2007, c’est une autre minorité, les Yésidis[2], qui ont été visés en tant que tels par quatre attentats simultanés, bilan : entre 400 et 500 morts. Et que dire des Chrétiens qui fuient le pays par milliers ?

            A cause de l’occupation américaine l’Irak est donc éclaté en zones rivales sans autorité nette et soumises à toutes les violences, politiques mais aussi maffieuses. Le pays devient une « zone grise » comparable à la Somalie ou à la Sierra Leone des années 90 où un chaos de plus en plus complexe tient lieu d’enfer sur terre et où des milliers de mercenaires[3] sont envoyés dans les endroits stratégiques pour les multinationales pour exploiter les richesses naturelles.

 

 

  2. Des résistances multiples à l’occupation  

 

            Seul aspect « positif » de ce cauchemar quotidien : l’occupation est un échec et les théories néo-conservatrices qui ont préparé l’attaque de 2003 pourrissent dans les poubelles de l’Histoire.

            En effet, quand Bush et son équipe encaissent une lourde défaite aux élections de mi-mandat (novembre 2006) c’est la panique générale dans les rangs néo-conservateurs. Avant même les élections, certains intellectuels en pointe dans la lutte idéologique avaient critiqué Bush comprenant que la guerre d’Irak ressemblait énormément à celle du Viêt-Nam. Depuis le retour des Démocrates au Congrès, quasiment tous les architectes de l’invasion de 2003 ont quitté leur poste ou ont été écartés comme D. Rumsfeld victime expiatoire des dernières élections. En août dernier Karl Rove, conseiller de Bush, a annoncé son départ.

            Quelque soit la suite des événements, le néo-conservatisme est donc bel et bien mort dans les sables du Moyen-Orient car même au sein du Parti Républicain, on rejette les analyses caricaturales de ce cénacle d’intellectuels dévoyés.

            En Irak, tous les experts sérieux constatent que l’invasion n’a nullement pacifié et démocratisé le pays mais plutôt relancé une guerre civile en germe depuis la fondation du pays par les Britanniques dans les années 30 : à une dictature pilotée par les Sunnites a succédé un gouvernement pro-américain associant maladroitement tous les exclus du pouvoir des années précédentes.

            Pour tenir encore un peu, les Américains sont donc obligés de tolérer la main mise des partis chiites les plus proches de l’Iran (à savoir le parti Da’wa et l’Assemblée Suprême de la Révolution Islamique en Irak), un comble quand on sait que Washington menace régulièrement Téhéran[4].

            Ce gouvernement est aussi dirigé par les deux grands partis kurdes jadis adversaires de S. Hussein : le PDK et l’UPK, jadis en concurrence féroce pour rafler les prébendes du Kurdistan autonome[5]. En échange de ce soutien au « gouvernement », les miliciens kurdes ont carte blanche dans les régions qu’ils convoitent, surtout le ville de Kirkouk, zone pétrolière à la limite des espaces de peuplement arabes et kurdes… La minorité turcomane fait les frais de cette volonté de se tailler un « Grand Kurdistan », volonté encouragée régulièrement par Israël qui soutient toujours les ennemis du nationalisme arabe[6].

            Mais, tous les chiites ne sont pas engagés derrière cette étrange alliance américano-chiite. Parmi eux, beaucoup sont plus des patriotes que des partisans de l’Iran. Dès 2003, une tendance nationaliste émerge derrière Moktada al-Sadr, un jeune religieux fils d’un ayatollah mystérieusement assassiné en 1999[7]. Après cette tuerie, il ne se réfugie pas en Iran mais reste en Irak où ses réseaux s’implantent surtout dans le grand quartier chiite de Bagdad. Dès l’invasion américaine, ses hommes occupent le terrain et gèrent le quotidien. Il ne cesse depuis d’exiger le retrait des forces d’occupation et affiche volontiers des positions souverainistes : contre le fédéralisme, les affrontements religieux, la récente loi sur le pétrole[8], etc. Pris entre les menaces des Américains, les chiites pro-iraniens et les luttes inter-communautaires, M. Al-Sadr tente de maintenir un cap positif et constructif alors même que ses fiefs sont régulièrement frappés par des bombes ou des incursions américaines. En mars 2007, pour les quatre ans de l’invasion, il avait organisé une grande manifestation aux cris de « Ni sunnites, ni chiites, tous irakiens ! ».

 

            A l’ouest du pays, en zone sunnite la résistance islamo-nationaliste est plus vive que jamais.

Depuis l’installation des Américains les opérations militaires n’ont jamais cessé pour tenter de réduire les capacités d’action des milliers de volontaires. Sans succès.

            Depuis la Jordanie et la Syrie, les cadres du parti Baas ont tiré profit de leurs années de préparation. En effet, quand S. Hussein réalisa qu’il serait la victime de Bush il laissa ses partisans s’organiser et innerver les régions sunnites de réseaux et de caches d’armes en tout genre, et, dès l’été 2003, la résistance est passée à l’action avec une efficacité redoutable puisque depuis mars 2003 les occupants perdent en moyenne 3 soldats par jour, soit plus de 4000 tués depuis le début de la guerre[9].

            Surpris et humiliés par ce mini Viêt-Nam, les Américains ont utilisé toutes les méthodes pour réduire cette résistance : les lourdes opérations militaires ont meurtri et radicalisé la population[10], les tortures ont scandalisé l’opinion mondiale[11] et leur soutien indirect au groupe Zarkaoui s’est retourné contre eux. En effet, pour contrer la résistance nationale, les occupants ont laissé agir les partisans locaux de Ben Laden, or, en visant prioritairement les Chiites les partisans d’Al-Qaïda en Irak ont déchaîné la guerre communautaire et les Américains sont apparus non seulement comme des fauteurs de guerre, mais aussi comme incapables d’arrêter une guerre civile, surtout aux yeux des Chiites.

            Aujourd’hui, l’ouest reste un fief de la résistance et cette dernière n’hésite plus à affronter Al-Qaïda pour contrôler les régions sunnites, mais les groupes les plus fanatiques continuent d’agir avec le soutien parfois actif de réseaux wahhabites généralement saoudiens.

 

            Les résistances armées à l’occupation sont donc multiples : les Sadristes en zone chiite et les réseaux du Baas en zone sunnite, il y aussi une résistance sociale assez peu connue, mais active et courageuse.

            Dès 2003, un parti d’extrême gauche refait surface en Irak. Alors que le Parti Communiste se rallie tranquillement aux occupants, un Parti Communiste Ouvrier en Irak (PCOI[12]) sort de l’ombre et tente de s’implanter dans la population laborieuse. Pour cela, il fonde plusieurs « organisations de masse » qui interviennent dans la défense des intérêts de la population : ouvriers, femmes, chômeurs, etc. Le PCOI arrive à avoir une visibilité et une activité assez importante dans un pays encore arriéré socialement et traumatisé par la violence.

            Ces militants sont d’autant plus courageux qu’ils sont perçus comme des ennemis par toutes les autres forces politiques : contre l’occupation mais non violents ils sont visés par les occupants[13] mais aussi par le Baas ou les Sadristes qui ont toujours été des forces anticommunistes. Cette organisation n’en demeure pas moins sympathique par son refus des ingérences extérieures, son progressisme social et son rejet du communautarisme.

 

 

  3. L’Irak au centre des impérialismes  

 

            Depuis 2003, la situation reste donc cruellement la même : les Chiites pro-iraniens tentent de mettre la main sur le pays mais ne réussissent que très partiellement et les opposants à l’occupation parviennent à résister aux Américains sans réussir à mettre fin à leur emprise. Et, complètement piégés par les mensonges de leurs chefs, les dizaines de milliers de soldats américains subissent un stress énorme car devant la chute des engagements militaires, les suicides, les désertions et les témoignages terrifiants des soldats de retour, l’administration est prête à toutes les bassesses pour renvoyer des jeunes gens là-bas. Certains en sont à leur quatrième rotation en Irak, ce qui entraîne des crimes de guerre.

            Du côté de l’opinion publique, les pertes et surtout l’échec total de l’invasion pèsent énormément et a déjà fait sombrer définitivement la popularité de Bush encore assez importante lors de sa réélection en 2004.

            Aujourd’hui, le coût de la guerre a dépassé les 500 milliards de dollars (et coûte donc en moyenne 20 000 dollars par foyer fiscal) pour un résultat désastreux pour les Irakiens[14] mais aussi pour les Etats-Unis plus que jamais haïs dans la région, assumant mal les pertes militaires et le retour de jeunes handicapés et traumatisés à vie[15]

            Néanmoins Bush s’obstine.

            Après avoir perdu les élections, il a trouvé le moyen d’envoyer encore 30 000 soldats supplémentaires alors même que Londres et ses autres alliés réduisent leurs contingents. Politiquement, le « gouvernement » irakien est un panier de crabes où près d’un ministre sur deux boycotte les réunions et dans lequel les USA ne comptent aucun allié sûr.

 

            Tombeau de près de 500 000 irakiens et de presque 4 000 soldats américains, l’Irak va rester longtemps une plaie sanglante au Moyen-Orient comme dans l’opinion américaine qui va replonger dans le traumatisme lent du Viêt-Nam quand jeunes bourgeois idéalistes et adolescents chômeurs se salirent les mains à jamais.

 

            Tout ça pour quelle issue ?

            La guerre d’Irak ne manque pas de parallèles avec la guerre du Liban des années 1975-1990. En effet, à un affrontement classique s’étaient ajoutées des guerres secondaires et surtout des interventions extérieures multiples. Les pays voisins sont intervenus (Israël, la Syrie…) mais aussi les grandes puissances du moment (Etats-Unis, France, URSS…).

Comme en Irak, un peuple pacifique, plutôt évolué a éclaté en communautés et milices rivales. Chaque groupe armé redoublant de violence grâce aux aides d’un parrain extérieur.

 

Qu’en est-il sorti au final ?

Les interventions directes de l’Occident ont pris fin suite à des attentats et face à une résistance spectaculaire[16]. Les guerres entre communautés ont été d’une violence et d’une cruauté inimaginables mais au final plusieurs accords ont octroyé aux belligérants la gestion de leur statu quo post bellum et le Liban n’a pas disparu pour autant. Aujourd’hui même, la crise entre pro et anti-syriens se déroule d’une façon presque pacifique et nul ne veut revenir aux tueries.

L’Irak va, sans doute, évoluer vers le même « modèle » : la nouvelle présidence us évacuera peut-être, l’essentiel des troupes et tentera de garder des bases permanentes tout en s’achetant des fidélités locales afin de garder la main mise sur la manne pétrolière.

Les différentes communautés vont finir par se tailler des zones exclusives à l’ombre de puissances étrangères : les Chiites s’arrimeront plus ou moins à l’Iran, les Kurdes monnayeront leur soutien au gré des rapports de force du moment et les Sunnites, durablement exclus du pouvoir, se connecteront avec les pays arabes voisins dans lesquels ils ont déjà des relais (Syrie, Jordanie, Arabie Saoudite).

Tout ça sur fond d’un retour de la Chine et de la Russie dans la région qui participeront à rejeter la domination nord-américaine.

Malheureusement, il faudra faire son deuil d’un certain progressisme car si cette guerre a tué le néo-conservatisme elle a aussi durablement brisé le mouvement ouvrier et le nationalisme arabe.

 

 

Retrouvez les articles de Terouga / Gorteau sur www.que-faire.info

Le roman de Terouga sur l'Irak : http://www.la-breche.com/catalog/product_info.php?cPath=1...

 



[1] Minorité qui se compose de gens parlant un dialecte proche du turc jadis installés par les Ottomans pour surveiller les Kurdes, S. Hussein les utilisa à son tour dans le même but.

[2] Les Yésidis sont d’une religion ante islamique ; leurs comportements sociaux valent ceux des ruraux de la région : endogamie, contrôle des femmes, rejet des apostats, etc.

[3] On parle aussi d’escroqueries dans l’emploi de mercenaires originaires de pays pauvres (ex : Péruviens…)

[4] Dernière provocation américaine : mettre les « Gardiens de la Révolution » iraniens sur la liste des organisations terroristes.

[5] Après la guerre du Golfe de 1991, les Américains garantissent une autonomie au Kurdistan. L’UPK et le PDK s’affrontent de 1994 à 1998, cette guerre inter-kurde fait 4000 morts avant que Washington n’impose un accord.

[6] Nullement sanctionné pour sa guerre contre le Liban en 2006 ou le vol des terres palestiniennes Israël devrait bénéficier d’une hausse de 25 % de l’aide militaire américaine !

[7] Mohamed Al-Sadr était le chef des chiites d’Irak, il avait été nommé à ce poste en accord avec S. Hussein. En 1999, il est assassiné avec toute sa famille. La version officielle veut que S. Hussein soit l’instigateur de cette tuerie, mais quel intérêt avait-il à éliminer un homme qu’il avait soutenu ? On évoque aussi une opération voulue par des religieux chiites proches de l’Iran…

[8] Une loi en gestation qui est la plus favorable du monde aux trusts pétroliers, soulève en Irak une opposition générale !

[9] Détail des pertes us sur http://icasualties.org/oif/

[10] En 2004, la ville de Falloudja est reprise par les américains au prix de combats d’une violence inouïe.

[11] En avril 2004, la presse américaine montre comment des soldats américains torturent des prisonniers irakiens…

[12] Actualité de cette mouvance à suivre sur : http://www.solidariteirak.org/

[13] Préférant les armes du mouvement ouvrier (grèves, organisation, manifestation…) le PCOI refuse la lutte armée mais a organisé des milices d’autodéfense dont le chef, Abdulhussein Saddam, a été tué par les américains le 4 juillet 2007.

[14] Bagdad ne dispose que de deux heures d’électricité par jour !

[15] La série Urgences montre subtilement et très efficacement comment le poison de la guerre en Irak vient pourrir la société américaine.

[16] Français et Américains n’ont guère résisté à des attentats-suicides les touchant très directement. Israël a évacué le sud du Liban en 2000, sans obtenir quoi que se soit en échange. Là aussi les pertes militaires ont été jugées trop élevées.

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16.03.2007

CAUSES et CONSEQUENCES de la guerre en Irak

CONFERENCE de Denis Gorteau du 17 mars 2007 Draguignan

Causes et conséquence de la guerre en IRAK

1. L’origine de l’Etat irakien Un pays entre différentes influences

         Si la ville de Bagdad est fondée en 762 après J-C, par les Abbassides, il n’est pas possible de parler d’état irakien avant le XIX°s. En effet, avant cette période l’Irak n’est qu’une province aux limites vagues des empires islamiques qui contrôlent la région au Moyen-Age.

         Le dernier de ces empires est l’Empire ottoman :

En 1707 un gouverneur turc s’installe à Bagdad avec l’accord du chef mamelouk local.

         En 1831, les Turcs prennent le contrôle direct de la région. Ce qui deviendra l’Irak est alors partagé en trois districts qui correspondent aux grandes villes : Mossoul au nord, Bagdad au centre et Bassora au sud.

         Les Turcs gèrent cette région comme ils gèrent le reste de leur empire : un gouverneur, une garnison et une administration fiscale imposent à la fois relative stabilité mais aussi pression fiscale plus ou moins bien vécue par les habitants.         

La population locale a un mode de vie très rural. Les villes sont très modestes et les gens ont d’abord des références locales. L’économie est ainsi autarcique. Dans les campagnes ont produit pour soit, un peu pour ma bourgade proche et rarement pour ailleurs. Peu alphabétisés, souffrant de tous les maux des sociétés pré modernes les irakiens subissent un temps où rien ne change.          

Les irakiens ne se sentent pas irakiens, mais avant tout membre d’une tribu (clan associant plusieurs familles élargies) et aussi divisés en groupes linguistiques ou religieux. Depuis le Moyen-Age les musulmans chiites et sunnites se disputent la domination politique de la région.         

Sunnites et Chiites s’opposent au niveau religieux sur la succession du prophète Mahomet : les sunnites suivent les écrits et les paroles de ses proches et les chiites suivent les partisans de sa famille (notamment la fille Fatima). Des massacres réciproques ont opposé les communautés au Moyen-Âge. Au-delà de querelles théologiques Sunnites et Chiites sont avant tout divisés en communautés et systèmes sociaux hermétiques, fermés et rivaux. 80 % des musulmans dans le monde sont sunnites.         

A partir du milieu du XIX°s, les grands Etats européens commencent à pénétrer le Proche-Orient : Anglais, Allemands et Français s’implantent dans la région par l’intermédiaire de grandes sociétés commerciales (banques, transports, etc.). L’empire ottoman laisse ces compagnies capitalistes (sociétés par actions) apporter modernisation (ex : le canal de Suez) mais aussi influences politiques.         

Dans les districts irakiens, les Anglais fondent une société de transport sur le Tigre et les Allemands investissent dans les chemins de fer. Des accords sont passés entre les tribus locales et les Européens. Très peu urbanisée, la région est partagée entre sédentaires et nomades affiliés à des grandes tribus. Les Turcs règnent uniquement dans les villes.

En 1914, les Turcs s’allient aux Allemands. Dès 1917, les Britanniques qui ont stipendié des tribus arabes en Arabie envahissent l’Irak et contrôlent la région. Après 1918, la zone de l’Irak est sous influence britannique.

         En 1920, tout le Proche-Orient est partagée entre Français et Anglais (accords Sykes-Picot). L’Irak passe sous contrôle britannique.

         Le contrôle de l’Irak par les Anglais provoque des révoltes. Dès la conquête de 1917, les avions britanniques utilisent des gaz de combat contre les Chiites du sud. Nouveaux troubles après les accords de 1920.

         Préférant passer par un régime fantoche les Anglais installe le roi Fayçal Ier de la dynastie hachémite (dynastie actuelle en Jordanie). Derrière une apparence d’autonomie (ministres irakiens) le régime reste contrôlé par les Britanniques.          Dès cette période, l’Irak, apparemment indépendant, voit ses frontières contestées par la Turquie au nord (revendication sur Mossoul), par la jeune Arabie Saoudite. De plus, Chiites et Kurdes redoutent la monarchie.

         L’Irak est comme aujourd’hui une mosaïque de peuples et de tribus très peu en relations.

         Le nord de l’Irak est peuplé de plusieurs populations de langue kurdes et de religion sunnite. Population essentiellement positionnée dans les montagnes du nord de l’Irak et présente en Turquie, en Iran, en Syrie aujourd’hui. Système social tribal et féodal : grandes familles claniques qui contrôlent des sous-clans (partis kurdes actuels). Fortes rivalités et guerres internes mais aussi solidarité face aux menaces extérieures (société montagnardes).

 

         Ils ne se reconnaissent pas dans la monarchie hachémite et redoutent les Européens qui avaient accepté l’idée d’un Etat kurde avant de se rétracter.          Le centre de l’Irak (région de Bagdad) est occupé par des arabes sunnites qui étaient plus ou moins proches des Ottomans puis des Anglais.

 

         Le sud de l’Irak est habité par plusieurs populations chiites : certains sont de langue perse (farsi) et se considèrent aujourd’hui comme iraniens et d’autres sont de langue arabe et chiite depuis de XVIII°s.

 

En plus de ces trois grands groupes il existe plusieurs dizaines de minorités religieuses (chrétiens, juifs, etc.) ou linguistiques (azéris, turcophones, assyrien, dialectes arabes…).          La société est communautaire, c'est-à-dire divisée en tribus plus ou moins rivales et où les mariages arrangés accentuent et perpétuent cette division de la société. Il n’existe pas à cette époque de culture de l’Etat. Avant d’être fidèle à un Etat ou un roi, on est d’abord, fidèle à son clan et son chef local ou régional.          Le pouvoir du roi Fayçal Ier repose donc sur une base très étroite : quelques sunnites du centre et surtout la force de frappe britannique. Les Kurdes espèrent tôt ou tard fonder un Etat à eux. Les Chiites ne se sentent pas représentés par le roi de Bagdad et les minorités cherchent à être protégées par les potentats locaux.         

L’Irak devient officiellement indépendant en 1930, mais un accord entre Bagdad et Londres permet à l’armée britannique de circuler librement en Irak et d’installer des bases permanentes.         

Dès 1927, les premiers puits de pétrole sont directement contrôlés par une société qui appartient à des actionnaires français et anglais.         

Le mécontentement augmente autour de la question du pétrole. Même les Sunnites des villes (éduqués) comprennent que les Européens volent en grande partie les richesses naturelles du pays : les soutiens de la monarchie inexistants au nord et au sud se réduisent au centre.

         1945-46 : une rébellion kurde soutenue par l’URSS est suivie de l’intervention militaire britannique.

         Début des années 50 : les Anglais versent plus d’argent à l’Irak contre le pétrole, mais l’agitation nationaliste se poursuit.

         1955 : les Etats pro-occidentaux de la région signent « le pacte de Bagdad ». Influence américaine progresse contre l’URSS.

         1956 : échec de l’expédition franco-britannique en Egypte (affaire du canal de Suez), les Etats-Unis remplacent progressivement les Européens dans la région.

         A cette époque l’Irak est donc une sorte de coquille vide : le pouvoir central est très peu soutenu et surtout est contesté en interne à cause de la répartition des bénéfices pétroliers. Il ne tient que par et pour les intérêts anglo-saxons.

         L’Etat est encore très virtuel, sans frontières stables et surtout la société est éclatée entre différentes communautés plus habituées à quémander une protection des plus forts (Turcs très longtemps) plutôt qu’à discuter démocratiquement entre citoyens.  

2.                  L’Irak de 1958 à 1991, La modernisation et les guerres

         14 juillet 1958 : des militaires renversent la monarchie (comme en Egypte) : le général Kassem s’impose. L’année suivante, l’Irak se retire du pacte de Bagdad.

         Mais ce nouveau régime, plus indépendant de l’Occident, n’en réduit pas moins les divisions intérieures de l’Irak : les Communistes (très influents chez les Chiites du sud) sont réprimés en 1960 et les Kurdes lancent une rébellion qui ne cessera finalement jamais complètement.

1963 : le général Kassem est renversé par des officiers baasistes.

PARTI BAAS : « renaissance » en arabe fondé en 1947 par le chrétien Michel Aflak qui considère que les arabes doivent s’unir en une seul Etat qui reposerait sur le socialisme, la modernité et une certaine laïcité. Le slogan est unité (dans un seul Etat), liberté (vis-à-vis des Occidentaux) et socialisme (contrôle de la grande propriété par l’Etat et non des banques occidentales pour des chefs féodaux). Le parti Baas prend le pouvoir en Syrie et en Irak.

1963-68 : gouvernement des frères Aref, le général Al-Bakr prend le pouvoir et se rapproche de l’URSS.

1972 : accord de coopération avec l’URSS et nationalisation du pétrole. Mais l’instabilité se poursuit en zone kurde et en zone chiite.

1975 : accord avec l’Iran du shah sur le débouché maritime de l’Irak.

1979 : le premier ministre S. Hussein prend le pouvoir et se rapproche dans un premier temps de l’Occident. Il brise le PCI (éloignement avec l’URSS) et purge le Baas.

1980 : poussé par les pays arabes les plus conservateurs et soucieux de couper les bases de la rébellion chiite S. Hussein attaque l’Iran en pleine révolution islamique. Malgré l’aide financière des pays du Golf et les armes françaises et soviétiques l’Irak peine face aux offensives des Iraniens. Une guerre dans la guerre oppose alors l’armée de S. Hussein aux irakiens du sud et du nord soupçonnés d’aider les Iraniens.

1988 : accord de cessez-le-feu entre l’Irak et l’Iran, fin effective de la guerre qui a fait des centaines de milliers de morts et gaspillé des centaines de milliards de dollars.

Le jeu américain à cette époque est d’avoir soutenu les deux pays pour les affaiblir réciproquement. Washington redoute en réalité les pays qui pourraient se montrer indépendants de l’Occident, ou pire, proches de l’URSS.

A la fin des années 1980 l’Irak n’est donc pas sorti de ses vieux démons : une minorité baasiste puis carrément clanique autour de S. Hussein contrôle les différents pouvoirs, l’argent du pétrole et terrorise le reste de la population. L’Etat de guerre a transformé S. Hussein en chef armé plus impitoyable que jamais.

Malgré ce bilan les années 60-70 voient l’Irak se moderniser. Le général Kassem impose des lois progressistes notamment vis-à-vis des Femmes. S. Hussein généralise la scolarisation des enfants de toutes origines, les minorités religieuses sont respectées tant qu’elles ne font pas de politique, etc. Des pays comme la France vendent du matériel sophistiqué. Une classe moyenne émerge dans les grandes villes.

3.               De 1991 à 2003, l’abîme

L’Irak face à la politique américaine

Au début des années 1980 l’Irak est épuisé par la guerre de 8 ans : moins peuplé que l’Iran l’Irak est exsangue avec un appareil militaire surdéveloppé et surtout très endetté vis-à-vis des autres pays arabes (dette de 80 milliards de dollars).

Les différents frontaliers n’ont jamais cessé surtout avec le Koweït, minuscule pays désertique qui possède à lui seul autant de pétrole que tout l’Irak. En 1990 une majorité d’habitants sont des immigrés (dont 400 000 palestiniens) qui travaillent pour une minorité possédante.

Bagdad accuse le Koweït de pomper du pétrole sous la frontière et de maintenir le prix du pétrole très bas alors que l’Irak avait protégé le pays de la révolution iranienne. Bagdad veut rembourser au plus vite ses dettes.

Le ton monte et S. Hussein demande alors à l’ambassadrice américaine en Irak quelle serait la réaction américaine en cas de conflit avec le Koweït. La réponse de la diplomate est assez neutre, qualifiant cette affaire de querelle interne à l’Irak.

2 août 1990 : S. Hussein envahit le Koweït en quelques heures et sans résistance. Une vaste armada internationale se met alors en place en Arabie Saoudite. Un embargo international est décrété par l’ONU.

Les Etats-Unis, fidèles à leur politique habituel de « diviser pour régner » ne veulent en aucun cas qu’une puissance indépendante n’émerge dans la région : l’Irak + le Koweït = 20 % du total des réserves mondiales. Qui contrôle cette manne contrôle les prix et donc l’économie mondiale…

Les USA ont-ils tendus un piège à S. Hussein ? Possible, mais pas certain car en 1990, alors que l’URSS est sur le point de disparaître les USA ne sont pas si impliqués que ça au Moyen-Orient, mais ils saisissent l’occasion pour s’imposer comme la seule puissance mondiale. Une coalition internationale de 26 pays regroupant 700 000 hommes. 17 Janvier / 23 fev  1991: bombardements massifs sur l’Irak et le Koweït.

Puis début de l’offensive contre l’Irak : la disproportion des forces est énorme : 500 000 soldats américains très bien équipés face à une armée irakienne peu mobile et mal entretenue.

Les tirs de missiles scuds irakiens sont peu efficaces militairement. Après plusieurs semaines de bombardements qui font entre 100 000 et 200 000 morts l’Irak capitule et se retire du Koweït qui voit s’installer des bases américaines. Moins de 500 morts déclarés côté occidental.

Totalement vaincu l’Irak doit payer des réparations de guerre au Koweït, accepter de détruire ses armes chimiques (vendues par les mêmes pays). L’embargo est maintenu et cela prive les irakiens des ressources nécessaires pour alimenter leurs services sociaux (hôpitaux notamment).

Les Etats-Unis ne sont pas inquiétés pour avoir utilisé des produits chimiques avec leurs propres soldats (syndrome dit de la « guerre du Golf »).

La gestion médiatique de la guerre a été parfaite puisque les journalistes de tous les pays ont relayé le discours du Pentagone sur par exemple les « frappes chirurgicales ».

La question du régime de S. Hussein se pose. Que faire ? Faut-il renverser le régime ? Et le remplacer par quoi ?

En Irak Kurdes et Chiites se soulèvent et poursuivent en fait leur guerre débutée contre Bagdad dès les années 1920… G. Bush père les encourage avant de laisser les derniers bataillons fidèles à S. Hussein réprimer la révolte. La « garde républicaine » une troupe d’environ 30 000 hommes mieux équipée et mieux armée que le reste de l’armée irakienne se charge du sale travail. La répression fait à son tour des dizaines de milliers de morts. Une fois les révoltes écrasées les USA imposent à Bagdad deux zones d’exclusion aériennes au nord et au sud.

Pourquoi avoir relancer le régime de S. Hussein ?

Pour plusieurs raisons :

- un S. Hussein faible et sous contrôle rendait plus de services qu’un autre régime. Sans S. Hussein les Kurdes auraient sans doute proclamer leur indépendance ce qui aurait gêner la Turquie pays musulman le plus proche des USA (membre de l’OTAN), majoritaires les chiites auraient probablement fait une révolution islamique comme en Iran (opposition des USA), quant aux pays sunnites proches des USA (Jordanie, Arabie, etc.) ils souhaitaient voir des Sunnites rester en place à Bagdad.

De 1991 à 2003 l’Irak va donc rester une sorte de cible que les Américains vont ponctuellement bombarder.

1993 : bombardements américains suite à un complot visant à tuer G. Bush père en visite au Koweït.

1998 : Clinton en pleine affaire « Moniquagate » bombarde aussi l’Irak.

L’Irak se laisse désarmer mais accuse les experts de l’ONU d’être des espions de la CIA, accusations partiellement reconnues par S. Ritter chef de la mission de l’ONU qui dénonce la main mise des Américains dans ses inspections.

SCOTT RITTER, ex marine américain, a dirigé les inspecteurs de l’ONU en Irak de 1993 à 1998. Démissionne en 1998 quand il se rend compte que la CIA le manipule en Irak. Dès 2002 il dénonce la volonté de Bush et des néo-conservateurs de vouloir envahir l’Irak. Pour lui dès 98 plus de 90 % des ADM étaient détruites en Irak.

De 1991 à 2003 l’embargo ruine tous les côtés modernes de l’Irak : éducation, santé, droits des femmes… S. Hussein ne peut plus financer ses réformes sociales et laisse l’islam (ou les religieux chrétiens) reprendre la place qui était la leur avant les années 1960. Plus que jamais la société se fragmente en communautés qui attendent la fin du régime. Les rares espaces où se mélangeaient les irakiens sont ruinés (hôpitaux, universités, armée…).

S. Hussein réhabilite même les tribus, associations de clans élargis qui gèrent localement ce que l’Etat irakien ne peut plus faire.

Face à cette situation le Baas de S. Hussein déjà débarrassé de tous les éléments non fidèles au président s’islamise de plus en plus. Si S. Hussein refuse toute contacts avec les partisans de Ben Laden (qui menaceraient son pouvoir) il laisse ses proches utiliser l’islam comme discours d’opposition à l’Occident.

La mention « Dieu est grand » est rajouté au drapeau, des cours de religion sont donnés aux officiers et au parti Baas, des mosquées géantes sont construites, etc. Au-delà du côté religieux S. Hussein sait que seul l’Islam fédère quelque peu la grande majorité des irakiens.

Comme ses diatribes anti-israéliennes, la posture islamique est une sorte de discours écran qui veut masquer la ruine du régime.

4.             Après l’invasion de 2003. Occupation, crimes et guerre civile.

C’est après le 11 septembre 2001 que les Etats-Unis relancent l’idée d’attaquer l’Irak.

Pourquoi avoir changé d’opinion par rapport au moment où la coalition de 1991 laisse la « garde républicaine » massacrer les rebelles ?

Malgré la parenté entre G. Bush père et fils pas mal de différences idéologiques séparent les deux présidents. G. Bush père c’est la vielle école républicaine. C’est une vision de la guerre froide qui domine encore en 1991 : les USA doivent avancer leurs pions mais surtout pas se fixer sur un terrain qui pourrait leur être fatal (Vietnam, Afghanistan pour les Russes, Somalie, etc.). L’opinion ne veut ni ne peut tolérer un nombre élevé de victimes occidentales.

G. Bush père préfère donc une domination indirecte et surtout économe en vies américaines. Cette option demeure à l’époque de Clinton qui doit retirer en catastrophe ses forces de Somalie (stratégie du « zéro morts »)

G. Bush fils est entouré de néo-conservateurs, un courant de pensée qui va bien plus loin que la stratégie habituelle du parti républicain : il s’agit de faire des USA un pays phare dans le monde. Unifier le pays à l’intérieur avec des valeurs patriotiques et conservatrices socialement, mais surtout imposer au monde le leadership américain par le commerce, la démocratie et les interventions armées.

G. Bush fils y trouve de quoi alimenter sa vision du monde :

- le « Bien » (une élite) contre le « Mal » (une masse). - la guerre pour imposer des régimes démocratiques et libéraux (nation bulding) - une morale (religieuse) pour légitimer les guerres - primauté des décisions américaines (unilatéralisme) contre l’ONU, l’Europe, la France, etc.

Les néo-cons entourent Bush fils et surtout cherchent à enrayer le déclin des USA par une fuite en avant militaire et impériale. Ils sont les artisans de la volonté d’attaquer l’Irak et souhaitent pour résoudre les problèmes du Moyen-Orient généraliser le commerce « grand Moyen-Orient » sous prétexte que le libre-échange évite les guerres. Mais la dynamique de 1990 s’est brisée. Peu d’Etats croient aux arguments des américains pour attaquer Bagdad. Les gouvernements savent que l’Irak n’a plus d’ADM, plus de potentiel nucléaire et n’a pas de contact avec Ben Laden. Les opinions sont hostiles à la guerre et se mobilisent quand l’Espagne, l’Italie ou la GB envoient les troupes. L’ONU bloque et surtout le triple veto des Russes, Français et Chinois force les américains à attaquer sans légitimité internationale.  

Le 15 février 2003 des millions de gens descendent dans les rues pour s’opposer à la guerre.

La Turquie (parlement) refuse le déploiement de soldats US.  

L’invasion de 2003 débute le 19 mars et s’achève officiellement le 1° mai.

9 avril 2003 : chute de Bagdad et débuts de plusieurs jours de pillages (scandale des œuvres d’art).  

Guerre classique, les USA exploitent leur puissance écrasante : bombardements très intenses, blindés qui remontent vers la capitale, opérations commandos… Face à un pays ruiné, démoralisé et sans perspective l’armée irakienne résiste peu mais l’invasion ne se fait pas sans erreurs : de nombreux civils meurent et 173 soldats anglais et américains sont tués.

Le mécontentement de la population arabe est générale, un peu partout des volontaires viennent s’enrôler contre les Américains. Négligeant les Américains laissent les frontières ouvertes.

Mise en scène du renversement de la statue de S. Hussein. Il y a finalement peu de monde.

Mais il reste une question : qu’est devenue l’armée de Bagdad ? C'est-à-dire la GR (environ 25 000 hommes dont la division Hammurabi) qui est restée le seul corps militaire à peu près compétente.

Il semble que des généraux irakiens aient négocié « l’ouverture » de la ville aux troupes étrangères. Or les Américains dissoudront toutes les institutions irakiennes.

18 avril 03 : premier gros contrat de « reconstruction » pour Bechtel.

Le 22 mai 03 l’ONU entérine l’occupation de l’Irak et demande à la coalition de prendre en charge le pays.

Le 23 mai : Paul Bremer (proconsul) dissout les organes de l’Etat dont les services de sécurité. Il en résulte dès le début de l’occupation des vagues de pillages.

31 mai : les USA annoncent qu’ils occuperont le pays plus longtemps que prévu. Ils demandent à la pop de rendre les 5 millions d’armes légères distribuées par S. Hussein peu de temps avant l’invasion.

1° juin 03 : le parlement britannique réalise que des rapports sur l’armement de l’Irak ont été réécrits.

13 Juin 03 : premières attaques visant des soldats US revendiquées par divers groupes armés, vraisemblablement liés au Baas (en zone sunnite) : 27 morts.

14 et 30 juin 03 : vaste offensives militaires dans le nord-ouest de Bagdad.

23 juillet 03 : premier rapport d’Amnesty international sur les violations des droits de l’H. Civils maltraités (armée US peu préparée à la gestion du pays). Les exilés de retour sont peu efficaces.

25 juillet 03 : Moktada Al Sadr (fils d’un chef chiite indépendant de l‘Iran tué par SH) demande le retrait des troupes à Nadjaf.

19 août 03 : attentat contre le siège de l’ONU (22 morts).

29 août 03 : al Hakim chef chiite modéré est tué dans un attentat

2 octobre 03 : les inspecteurs affirment qu’aucune ADM n’a été trouvé.

27 oct 03 : 5 attentats suicide visent la croix rouge et des postes de police…

27 nov 03 : l’ayatollah chiite Sistani exige des élections au plus vite

19 déc 03 : capture de SH dans son fief de Tikrit. Généralisation des actes anti-américains.

Janvier 04 : des attentats visent les centres de recrutement de « l’armée irakienne » (chiite)

1° fev 04 : plus de 100 morts dans un double attentat au Kurdistan contre les partis kurdes.

2 mars 04 : plus de 100 morts à Kerbala contre les Chiites.

31 mars : 4 mercenaires US sont tués à Falloudja.

4 avril 04 : affrontements armés entre les US et la milice de Sadr dans les villes chiites.

5 avril 04 : offensive US contre Falloudja.

28 avril 04 : scandales des tortures à Abou Graïb (tortures vues dans les séries US)

30 avril 04 : les américains renoncent à prendre Falloudja (centaines de morts irakiens)

11 mai 04 : video de la décapitation de N. Berg par Zarkaoui.

19 mai 04 : 41 civils irakiens sont tués par les USA par « erreur » dans un mariage

28 juin 04 : « transfert de souveraineté » au « gvt » irakien.

Enlèvement de journalistes étrangers par des groupes sunnites.

5 Août 2004 : siège de Nadjaf où est retranché Al Sadr après des semaines d’affrontements.

26 août 04 : retour de Sistani et cessez-le-feu Sadr / USA.

8 sept 04 : cap des 1000 soldats US tués franchit.

9-17 août 04 : offensive sur Tell-Afar (250 morts)

2-3 oct 04 : offensive sur Samara (150 morts)

15 oct 04 : offensive sur Falloudja (10 000 soldats US engagés)

19 dec 04 : 66 morts dans des villes chiites (attentats)

30 Janvier 05 : premières « élections » qui voient les Chiites gagnent avec plus de 48 % des voix, Kurdes 25 %. Forte participation.

28 fév 05 : 118 morts à Hilla (zone chiite) : attentat de Zarkaoui.

7 avril 05 : al-Jaafari est nommé 1° ministre (chiite)

15 mai 2005 : découvertes de sunnites attachés et massacrés, les sunnites accusent la brigade al Badr

13 juillet 05 : 32 enfants tués dans un attentat visant des soldats US

31 août 05 : bousculade entre chiites (env 1000 morts)

15 oct 05 : 78 % de OUI à la constitution fédérale (référendum)

15 dec 2005 : législatives : 78/275 pour les chiites ; 53 pour les Kurdes et 44 pour les sunnites

22 fev 2006 : attentats contre la mosquée chiite de Samara (sunnite) : 450 morts sunnites en représailles

20 mars 05 : le magazine Time révèle que 15 civils irakiens auraient été tués par des Marines en novembre 2004 près de la ville de Haditha (ouest de l'Irak) en représailles après que leur véhicule eut été atteint par une bombe

22 avril 05 : Maliki 1° ministre 4 mois après les législatives

7 juin 2006 : mort de Zarkaoui dans un bombardement, sans doute lâché par les siens.

18 juillet 06 : environ 100 civils irakiens meurent chaque jour (ONU)

12 oct 06 : une étude du Lancet (RU) évalue à plus de 650 000 le nombre d’irakiens tués depuis 2003.

23 nov 06 : 150 morts dans des attentats à Sadr City (chhite)

28 dec 06 : plus de 3000 soldats US tués

         30 dec 2006 : pendaison de SH qui soulève des critiques dans de nombreux pays (insultes contre les Chiites).

         Dec 2006 : élections de mi mandat perdues pour G. Bush aux USA : majo démocrate plus que critique sur le résultat de la guerre : rapport Hamilton / Baker qui recommande une sortie d’Irak dès 2008.

Fin 2006 : généralisation de la guerre civile suite à l’attentat de la mosquée de Samara. Tentative saoudienne de calmer le conflit.

         Fev 2007 : Sadr en Iran

         Mars 2007 : conférence internationale de Bagdad

Les américains veulent instaurer à la fois une démocratie (sensée résoudre tous les problèmes communautaires) et un régime favorable à l’invasion. G. Bush qui connaît très peu la région s’appuit sur quelques exilés irakiens, mais ces derniers n’ont aucune représentativité sur place et jouent un double jeux (anecdote de Chevalérias sur le secrétaire de Ouddaï). Au nord les partis kurdes dominent et imposent leur ordre sur place ce qui mécontente la Turquie (qui s’est opposée à la guerre). Au sud des partis chiites liés à l’Iran laissent passer les américains mais se souviennent de leur mansuétude vis-à-vis de S. Hussein en 1991, ils savent que G. Bush considère Téhéran comme faisant parti de « l’axe du mal ». Deux tendances se dessinent chez les chiites :

- un courant pro-iranien qui laisse agir les américains tant qu’ils ne menacent pas leur influence ou l’Iran. Deux partis majoritaires au gouvernement : al Dawa + CSRII avec son bras armé la bridage Badr (10 000 hommes très organisés qui ont infiltrés la police et l’armée)

- un courant nationaliste animé par Moktada al Sadr qui rejette dès le début l’occupation et critique même la constitution fédérale. Courant aujourd’hui éclaté en divers sous-tendances (notamment à Bassora)

Côté sunnite les américains les amalgament tous derrière le parti Baas qui est dissout et interdit.

Déçus et redoutant une domination des chiites et des Kurdes les sunnites s’engagent assez vite dans une résistance armée à l’occupant qui multiplie les bavures et autres brutalités. C’est le cas à Falloudja quand une manifestation pacifique qui réclame le départ des troupes est mitraillée (plusieurs morts).

Assez vite des anciens officiers de l’armée ou du Baas organise la résistance dans les zones sunnites (Falloudja, Ramadi, Baqouba). Dès le mois de juin des groupes divers « islamiques » revendiquent des attentats contre des soldats.

Assez vite deux types d’actions ont lieu en zone sunnite : des bombes explosent au passage de véhicules de guerre américain et des snipers tuent des soldats en faction.

         Incapables de maintenir le calme malgré des opérations militaires lourdes les Américains subissent des pertes constantes (env 3 morts / jour) soit plus de 3200 morts et des milliers de blessés lourds très mal pris en charge à leur retour.

         Nouvelle « stratégie » pour suivre l’armée finalement très septique. (Discours de Petraeus).

         Env 20 000 mercenaires sont présents en Irak pour sécuriser les entreprises américaines qui profitent des contrats de « reconstruction ». Plus de 500 ont été tués.

Pour conclure la guerre en Irak a débuté en 2003 et n’en finit par pour les Américains et leurs alliés et la guerre civile (plus meurtrière) se poursuit avec une nouvelle intensité avec des causes des années 20.

Les divisions internes et les interventions extérieures déchaîne la violence et a pour résultats (en interne) :

- la ruine totale de l’état irakien

- la fuite des cerveaux, des millions de réfugiés, une société éclatée

- une poussée des extrémistes

A l’extérieur :

- une armée américaine embourbée et coupables de crimes variés

- un Occident rejeté en bloc par les opinions publiques arabes

- des interventions des pays voisins qui s’opposent sur le terrain irakien (Turquie, Arabie, Iran, etc.).

L’enjeu de la guerre actuelle est de savoir qui contrôlera l’Irak au XXI°s car le pays est un carrefour stratégique qui intéresse plusieurs grandes puissances : l’Arabie (Sunnites), l’Iran (chiite) mais aussi les gros consommateurs de pétrole (USA, Eur et Chine).

L’élément qui recoupe les contradictions internes et les interventions externes reste le PETROLE. En effet, les deux guerres contre l’Irak ont été motivées d’abord et avant tout par le libre accès au pétrole irakien par les grandes Cies US.

Aujourd’hui le pétrole irakien n’est plus nationalisé.

Chaque région (constitution fédérale) est libre de signer des contrats avec les Cies de leur choix, or, le gvt central gère le pétrole avec des conseillers américains qui ont déjà positionner des entreprises américaines : explorations, forages, puits, etc.

Le but est d’éviter que d’autres pays ou un Irak indépendant contrôle son pétrole. Les soldats US sont en lutte uniquement contre les mouvements opposés à cette privatisation (groupes sunnites + Sadr).

La crise est tellement multiple qu’il n’existe pas de solutions miracles, mais le retour sur les erreurs commises en 2003 seraient un bon début, c'est-à-dire retrait des forces étrangères et encouragement à la constitution d’un Etat non communautaire et vraiment au service des citoyens.

08.02.2007

QUI était vraimment S. HUSSEIN ?

Une interview de G. Munier sur l'ancien président irakien

 http://que-faire.info/Principal/MortSaddam.htm#haut

 

 

10.12.2006

le rapport BAKER sur la guerre en Irak

Cette fin d'année 2006 marque sans aucun doute la fin de l'ère Bush.

En effet, après la sévère défaite électorale du mois dernier, voilà que le rapport Baker sur la guerre e Irak entère les dernières illusions néo-conservatrices.

Non seulement Bush a les Démocrates et les Républicains contre lui (5 membres de la commission pour chaque parti) mais en plus James Baker (ministre des affaires étrangères à l'époque de Bush père) a personellement dirigé les travaux de cette équipe qui, sans rompre avec la volonté dominatrice des Etats-Unis, critique très fortement la manière dans Washington a géré la guerre de 2003.

Premièrement, comme l'a admis le nouveau ministre de la défense américain, la guerre n'est pas en train d'être gagnée. Au contraire : Chiites pro-iraniens et Sunnites pro-al Qaïda sont les grands vainqueurs de cette invasion avec comme bilan des centaines de milliers de civils tués ou réduits à la franche misère.

Deuxièmement : les 400 milliards de dollars qu'a coûté cette guerre et les quasi 3000 soldats américans tués l'ont été pour aucun gain car le pétrole reste hors de contrôle et en plus le rapport préconise (pour éviter un désastre bien pire) de reprendre contact avec l'Iran et la Syrie, deux ennemis de l'hégémonie US dans la région.

Troisièmement : le rapport renonce au soutien inconditionnel à Israël. Comme à l'époque de Bush père, Baker préconise une politique plus équilibrée et mentionne même le droit au retour des réfugiés palestiniens. L'inquiétude affichée d'Israël montre à quel point ce rapport rompt avec les classiques du néo-conservatisme.

Mais il ne faut nullement croire que le capitalisme américain renonce au Proche-Orient. En effet, Baker et son équipe d'élus veulent toujours que les USA aient le dernier mot, mais nous revenons avec ce texte à un impérialisme plus classique, plus "intelligent" avec non pas un retrait immédiat des occupants, mais une lente décrue du nombre de soldats avec tout de même des dizaines de milliers de GIs sur place pendant des années...

Si L'aventure Bus touche a sa fin, l'impérialisme US, lui, reste menaçant.

04.03.2006

COMPRENDRE la défaire américaine

les législatives irékiennes vont-elles accélérer le retrait américain ?

http://que-faire.info/Principal/LegislativesIrakiennes.ht...

 

Les enjeux de la constitution irakienne

http://que-faire.info/Principal/EnjeuxConstitIrak.htm

 

IRAK, à qui profite le chaos ?

http://que-faire.info/Principal/Irak%20-%20aout%202005.ht...

 

Où en est la résistance irakienne ?

http://que-faire.info/Principal/Iral0412.htm

 

Irak ou la solitude d'un impérialisme

http://que-faire.info/Principal/SolitudeImperialisme.htm

 

Vie et mort de l'impérialisme

http://que-faire.info/Principal/Vie%20et%20mort%20de.htm

 

L'ensemble des articles sur QUE FAIRE

http://que-faire.info/Principal/International.htm