22.02.2008

le trotskisme cet inconnu

MISE AU POINT SUR LE TROTSKISME.

b940bc2d277080a126a65f6f7eee45cf.jpg

A dire vrai toute notre génération et plus encore celle de nos aînés a été bercée par les références au trotskisme. Bagarres homériques de la LCR dans les années 70, influence sourde des " lambertos " dans les syndicats, happening électoral d’" Arlette " dès 95… Les surgeons de Léon ne manquèrent jamais d’animer le débat politique à la " gauche de la gauche ".

 

Alors que j’avais fait un bref passage au Parti des Travailleurs (dirigé par des Lambertistes) on me demanda un jour si j’étais " trotskiste ". A cette simple question je fus bien obligé de répondre que, pour moi, le trotskisme n’existait pas. Et devant la perplexité de mes interlocuteurs je tenté la démonstration suivante :

le trotskisme....doc

 

21.01.2007

les conseils boursiers de Terouga

Les conseils boursiers de Terouga

 

 

I.                   Une société impériale

 

 

Vivons-nous dans une société impériale ?

Même si comparaison n’est pas raison en matière historique il y a quand même des éléments troublants.

A dire vrai, quand on peut étudier les puissants et les possédants de nos « démocraties de marché » on ne peut que compter les preuves que les sociétés occidentales de ce début de XXI°s ressemble plus à la république romaine « décadente » qu’à la France de l’immédiat après guerre.

            Comme à la fin de la république romaine[1] une poignée de sénateurs immensément riches et puissants influencent la vie de millions de citoyens éloignés par mille ruses des décisions politiques.

En théorie les Romains vivaient dans une république. Des luttes sociales féroces avaient poussé les patriciens[2] à accepter quelques réformes démocratiques. Comme la France des 200 familles avaient fini par laisser le CNR[3] rénover la France dans un sens très nettement social et anti-libéral.

            Or, quand Rome développa son empire et accumula des territoires et des richesses inouïes[4] pour l’époque le vieux système psuedo-démocratique se trouva totalement dépassé : nouveaux riches et généraux victorieux finirent par faire éclater le système en instrumentalisant les conservateurs du Sénat[5] et les révolutionnaires de la plèbe. De nos jours, les puissances capitalistes dirigent l’entreprise France comme ils dirigent les multinationales du CAC 40. Depuis 20 ans petits et grands dirigeants sont des pions aux mains des trusts ou des « institutions internationales » qui leur servent de paravent.

            Tout comme à l’époque des Romains la liberté d’expression existe, mais hors des grands media elle se résume à une syllabe murmurée dans le brouhaha des ondes.

            Les riches et les puissants, les vrais, ceux qui possèdent les richesses sont indéboulonnables et au dessus des lois. La république romaine changeait souvent de dirigeants formels (les consuls), des procès retentissants servaient d’armes entre oligarques rivaux, mais les vrais maîtres de Rome étaient dans l’ombre des villae luxueuses et les décisions cruciales étaient votées au sénat mais préparées entre deux orgies loin des regards citoyens. Là aussi la ressemblance est troublante.

            Jeunes ou salariés qui manifestent contre un libéralisme sans pitié ? Ils sont vite la cible de « casseurs » plus pauvres qu’eux et assurément plus violents que les CRS. A Rome, des gladiateurs esclaves sont souvent recrutés pour punir et casser les citoyens trop révoltés par la caricature de république où ils vivent. Et pour calmer les esprits on distribue aux frais de l’Etat des portions de blé permettant de ne pas mourir de faim. On reconnaît là l’ancêtre de notre RMI… Et pour éviter toute explosion qui pourrait devenir révolutionnaire les oligarques romains utilisent une petite partie de leurs richesses personnelles pour financer des fêtes et des jeux visant à distraire agréablement le peuple tout en faisant une publicité démesurée à l’homme politique en question.

            Orgies sexuelles, gadgets exotiques et richesses issues du commerce international rythment la vie d’une minorité de puissants qui salarient des esclaves de toutes compétentes chargés de les distraire ou de gérer le bon peuple qui est partagé entre les inégalités béantes qu’il subit et la fascination pour une société mondialisé globalement plus riche.

 

 

 

II.                Accumulation et déclin

 

 

L’énorme problème de la Rome antique est dans la non redistribution de cette richesse impériale. La Rome des origines était bien plus pauvre, mais chacun avait une part du gâteau : quand Rome battait une ville voisine l’armée composée alors des citoyens (généralement des petits paysans) se partageaient le butin et revenaient à leurs activités civiles. L’écart de richesse entre les sénateurs et la masse des citoyens était très important mais modeste au regard des différences qui allaient se développer à l’époque de J. César.

En effet, dès qu’une source de plue value échappe à la puissance publique (et aux impôts) ces richesses s’accumulent dans des mains qui finissent par devenir aussi peu nombreuses qu’incontrôlables. Aux Etats-Unis comme en Europe qui surveillent les fonds de pension ? Qui peut prévoir ou dénoncer leur comptabilité obscure ? Personne. La mondialisation permet de faire des bénéficies aux Etats-Unis, gérer la comptabilité en Inde et distribuer les dividendes aux actionnaires aux Bahamas. Rajoutez à cela que les hommes politiques sont personnellement et financièrement liés à ce capitalisme et vous obtenez une situation aussi bloquée qu’à Rome : plus l’élite s’enrichissait plus le reste de la population subissaient une paupérisation réelle.

Ce que l’on sait du marché de l’immobilier romain au I° s av JC va dans ce sens : une poignée de puissants[6] achetait à bas prix des logements appartenant à des citoyens modestes pour revendre ou extorquer des loyers énormes. Même phénomène de concentration à la campagne où le citoyen paysan se trouve vite dépossédé par des grands propriétaires terriens. Les frères Gracques qui tenteront en 133 et 123 av JC de corriger cette situation scandaleuse seront proprement massacrés par des hommes de mains du Sénat.

Ainsi la république romaine est-elle morte d’une accumulation désordonnée de richesses qui se sont cumulées dans trop peu de mains.

Logiquement une société qui s’enrichie globalement devrait vivre mieux, or, il faut des conditions très précises pour qu’une phase de croissance ne vienne pas totalement désorganiser la société. Certains pays d’Amérique du sud ou d’Afrique affichent des taux de croissance économique très bons (de l’ordre de 5 ou 10 % par an), mais la réalité vécue par les populations locales est sinistre. Pourquoi ? Quand l’Etat est faible et la population désorganisée politiquement l’argent ne fait que transiter dans le pays pour finir dans des banques occidentales sans même être taxé et sans profiter aux « vrais gens » de ces pays[7].

La France et l’Occident en général continuent de produire des richesses phénoménales, mais depuis la mutation libérale du capitalisme l’argent échappe aux travailleurs et à l’Etat. Historiquement c’est généralement ce modèle qui s’applique : quand Rome s’est nourri de son empire les richesses pillées à l’étranger ne sont pas venues se partager équitablement entre les citoyens romains, mais uniquement dans quelques réseaux militaires et financiers. Dès lors, à quoi bon être citoyen puisque le vote ou la manifestation politique ne sert plus à rien ?

En Occident ces inégalités nous choquent. Nous ne sommes plus habitués à associer création de richesses et misère rampante. Pourquoi ? A dire vrai, nous sommes encore formatés par la « civilisation de l’après-guerre » où les richesses créées ont été effectivement redistribuées à la population via des services publics nouveaux et performants. Or cette phase d’enrichissement à la fois général et global a été une exception temporaire et isolée dans l’histoire humaine. Les deux guerres mondiales ont entraîné le keynésianisme et le mouvement communiste international, ils ont été des barrières très dures pour le capitalisme, or, dès que ces verrous ont sauté la tendance naturelle du capitalisme à se concentrer et à se financiariser est revenue avec une violence égale aux capitaux engagés. 30 ans d’enrichissement et l’absence de guerre ont fait des pays développés des coffres-forts dont les Etats avaient la clé. Il suffisait aux capitalistes de circonvenir les politiciens afin de mettre la main sur le pactole. L’exemple le plus caricatural reste celui de la Russie post-soviétique où maffias russes et libéraux anglo-saxons ont pillé totalement et sans pitié la population et les richesses du pays. Eltsine faisant finalement pire que Thatcher.

Aujourd’hui Français les Occidentaux en général subissent cette mutation du capitalisme : enrichissement via l’exploitation d’innovations technologiques et exacerbation des inégalités entre ceux qui sont dans le système et ceux qui sont en dehors. Dans les bons réseaux on a les actionnaires, les patrons moyens et grands et tout ceux qui bénéficient de la baisse des salaires et de la dissolution des frontières (pour délocaliser les productions à forte main d’oeuvre ou partir en vacances). Cette minorité de privilégiés habitent dans les meilleurs quartiers, les paradis fiscaux ou les gatted communauties de certains pays pauvres. A l’extérieur on trouve les loosers du système financier : ouvriers, jeunes sans qualification, petits actionnaires d’entreprises ruinées (comme eurotunnel), petits paysans, banlieusards sans imagination, etc. Bref, la volonté de privatiser les derniers services publics pousse les politiciens à sous-financer hôpitaux et écoles primaires ce qui bien logiquement mécontente la population et accélèrent encore la tendance à « gérer autrement » les services publics. Dernier essai international de libéraliser et donc décupler les profits privés : la « constitution européenne » rédigée par une poignée de libéraux et imposée aux peuples de l’Union Européenne. Le vote NON des Français et des Hollandais ne semblent nullement troubler les capitalistes qui ont le temps pour eux. En effet, le capitalisme est immortel, les peuples eux, sont plus vulnérables et plus faciles à tromper : le racisme, le communautarisme, la démagogie de Sarkozy ou les mensonges de Royal sont là pour tromper les braves gens qui se doutent bien qu’on les arnaque, mais qui ne savent plus vers qui se tourner pour restaurer un minimum de socialisme car l’Etat n’étant plus au service de la population mais au service de quelques hauts fonctionnaires.

On arrive à une fragmentation de la société en sectes et tribus rivales. Diviser pour régner, une formule magique pour les puissants. Dans le paysage syndical FO puis aujourd’hui la CFDT servent à ça : parasiter la toute puissance de la CGT jadis incarnation de cette volonté populaire de tolérer les riches mais à condition de les faire payer. « Faites payer les riches ! » fut longtemps le slogan / solution du PCF. Aujourd’hui la CGT est intégrée dans le « syndicalisme européen » et le PCF court après les libéraux du PS pour survivre politiquement.

Les masses inorganisées, trompées, hypnotisées par les paillettes médiatiques de la fête libérale sont réduites à des coups inattendus en guise de résistance : éviction des sortants, votes populistes, manifestations, grèves de fonctionnaires… Autant de petites victoires qui ne mènent qu’à davantage de défaites quotidiennes.

 

 

 

III.               1913 ou 1788 ?

 

Le meilleur des mondes libéraux n’existe pas.

Jamais l’Humanité ne se résoudra à devenir un troupeau de consommateurs serviles et pornographiques. En effet, l’Homme est un animal social qui s’adapte à bien des calamités, mais qui, collectivement, sait résister et changer sa destinée. Néanmoins, malgré l’exemple de la révolution russe et du bolchevisme aucune « vraie » révolution n’a jamais inversé l’histoire humaine : la tendance de fond reste la même : production et accumulation de richesses et augmentation de la population. La Rome impériale comme le capitalisme du XIX°s se sont disloqués sous le poids de leurs propres contradictions, mais cela n’a mené à aucun paradis terrestre ni à aucune révolution mondiale, non, l’empire romain a débouché sur la nuit féodale et le XIX°s industriel a directement pris fin dans les tranchées de Verdun, lesquelles entraînant le bolchevisme (mélange d’étatisme et de modernisme brutal) et le nazisme (cocktail de racisme belliciste et de nationalisme) idéologies tendant à mettre le capitalisme et la productivité au service de l’Etat (et de son tyran). Chacune à leur façon elles ont poussé les Hommes à encadrer le capitalisme ce qui a été réalisé avec succès à peine 30 ans avant que la machine ne se remette en marche avec, depuis peu, une phase d’accélération aussi inquiétante qu’incontrôlable.

Quand le point de rupture sera-t-il atteint ? Difficile à dire.

La dénatalité de l’Occident accélère le pourrissement de la situation et avec l’impossible financement des retraites qui tend à faire imploser les budgets sociaux de l’Etat. Là aussi, sans taxation des vraies richesses (qui échappent désormais aux Etats) aucune solution ne sera possible. Surtout pas une taxation nouvelle des salariés qui n’ont déjà pas assez de leurs salaires pour vivre et épargner.

L’immigration est une autre variable de l’équation : des masses d’immigrés pèsent sur les salaires et accélèrent la décomposition des nations en communautés concurrentes et rivales (modèle anglo-saxon), mais la fermeture des frontières est pire encore comme résultat un déclin démographique et culturel accéléré[8]. Mettre l’activité économique au service des Hommes et encourager une immigration proportionnelle aux besoins économiques et démographiques serait une solution, encore faudrait-il que le politique puisse avoir une influence réelle sur l’économie ce qui va à l’encontre du capitalisme international, des organisations économiques mondiales (OMC, FMI, etc.) et surtout des traités européens qui ligotent les nations et les citoyens.

Alors il reste donc au peuple des « coups » aussi médiatiques que surprenants comme les grandes manifestations de 1995 et 2003 en France ou des journées de grève générale en Italie et autres violentes journées contre le CIP ou le CPE… Partout l’étau du capitalisme et des traités libéraux étranglent les gens qui subissent une réalité qui se dégrade sans savoir vraiment quoi faire.

Coupés de toute réalité et de toute réflexion les partis traditionnels d’opposition se répètent sans guère d’originalité, c’est le cas des partis dits « d’extrême gauche ». Même chose à la droite de la droite où les post-pétainistes du FN et le néo-conservatisme de Villiers agrègent des mécontents à chaque élection, mais (heureusement !) sans pousser ces derniers à militer. D’ailleurs, les réseaux oligarchiques savent ponctuellement utiliser l’extrémisme de ces démagogues.

Plus que jamais bloquée la société subit des inégalités abyssales et en constante augmentation et chacun cherche la sortie dans la plus complète confusion[9]. La question sociale, la seule qui compte, est systématiquement détournée. C’est le risque du discours de Dieudonné qui fait glisser les questions sociales vers les questions identitaires. Que fait Le Pen sinon transformer les problèmes économiques en problèmes ethniques ?

L’enjeu, pour éviter des conflits internes et externes, est bel et bien de restaurer des barrières et des digues à l’économie. Sans volonté et outils politiques, rien ne sera jamais possible et les citoyens se verront déposséder de leur vote comme après le 29 mai 2005 où un message net des Français est resté sans suite par la faute des politiciens libéraux bien installés et par la médiocrité des soit disant « opposants ».

- - -

La détérioration de la situation va donc se poursuivre, entrecoupée de brusques et courtes révoltes sociales, mais la tendance est bien à la fragmentation communautaire dans les sociétés impériales et aux guerres néo-coloniales à l’extérieur, histoire de maîtriser les richesses matérielles (matières premières) support de spéculations boursières toujours croissantes.

 

Car c’est bien les bourses mondiales qui accumulent la richesse, cela entraînent des spéculations aussi irrationnelles que dangereuses : internet à la fin des années 90, l’immobilier aujourd’hui, biotechnologies demain… A chaque virage le système risque de dérailler, en attendant l’argent circule. Celui qui anticipe le prochain produit phare des marchés est millionnaire. Reste à savoir jusqu’à quand.

 



[1] I° siècle av JC

[2] les Romains les plus riches se présentant comme de haute lignée

[3] Conseil National de la Résistance, réunion de la résistance français (de toutes tendances politiques) qui créa dès 45 la sécurité sociale, les retraites par répartition, les services publics, etc.

[4] surtout après avoir battu l’empire carthaginois vers les années 200 av JC

[5] assemblée romaine réunissant les citoyens les plus riches, membres nommés à vie.

[6] Le plus connu de ces requins fut le général Crassus qui payaient des voyous pour mettre le feu à des appartements qu’il rachetait ensuite pour une bouchée de pain.

[7] Seul le Vénézuella de Chavez tente de faire l’inverse

[8] Création d’un ghetto ethnique comme la Sparte de l’antiquité qui disparut vite.

[9] Surendettement, dépression et chaos conjugal sont des « réponses » à cette situation.

27.10.2006

QUI allume les incendies en banlieues ?

Il faudra bien un jour étudier le rôle des media dans les émeutes de banlieues.

Même si la situation sociale constitue le baril de poudre et un incident de plus l'allumette, il faudra bien savoir qui tient la mèche...

Depuis les violences de 2005 on sait que la situation n'a pas changé et, bien pire, très régulièrement les media ont agité la menace d'un nouveau round entre les jeunes et les policiers.

Dernière tentative : le dernier 31 décembre. Echec, mais toutes les télés et toutes les radios avaient quasiment donné rendez-vous aux jeunes sur les Champ Elysées. Le but ? Epouvanter le citoyen de base devant sa télé et servir une tribune de plus au cynique ministre de l'intérieur.

Et aujourd'hui ?

Même chose : alors que des émissions spéciales vont rappeler le premier anniversaire des émeutes, la télé prépare le terrain à une nouvelle série de saccages. Les agressions de policiers, les incendies de bus sont des incidents scandaleux mais isolés et circonstanciés... Pourquoi en parler en "une" sinon pour inciter la bande rivale à faire "mieux" ?

Le but est clair : chacun doit remplir un rôle dans le contrôle social. Les policiers au lieu de manifester contre leurs moyens ridicules sont incités à se comporter en cow-boys et en vengeurs, quant aux jeunes on préfère les voir se comporter en vandales (ou en violeurs) plutôt qu'en citoyens en colère.

Du coup, les puissants (politiciens libéraux, bourgeois, media, capitalistes...) sont totalement épargnés par la la violence et en sortent même blanchis. Très objectivement, les fonctionnaires de police (à peine moins pauvres que les racailles) sont les vigiles des centre-villes où se concentrent richesse et pouvoir.

Le plus est-il l'ennemi du mieux ? A force de servir ces salades aux Français peut-être la vomiront-ils, peut-être Sark sortira éclaboussé de cette médiatisation ridicule. Peut-être verra-t-on que les faits sont têtus et que le bilan de Sarkozy est nul en matière de sécurité.

01.05.2006

Le CHOMAGE baisse-t-il vraiment ?

Voilà que depuis 10 mois le chômage baisse doucement en France.

Nous serions sous la barre ds 10 % et sous les 2,5 millions de chômeurs...

Est-ce vrai ? Vu la perfidie de nos dirigeants et la croissance très faible on peut en douter ! 
Les radiations ordonnées par le gouvernement sont-elles à l'origine de cette embellie ?
Le départ en retraite des enfants du babay boom commence-t-il à se faire sentir ?
Les contrat à l'américaine (CNE...) seraient-ils efficaces ?

Je pense que sans croissance aucune baisse sérieuse ne peut exister, tout au plus des petites évolutions très épidermiques montées en épingles à coups de barbouzeries administratives et d'emplois aidés.
En débattre sur...

16.04.2006

Le PLEIN EMPLOI est-il POSSIBLE ?

Conférence du samedi 15 avril 2006 tenue à Draguignan.

LES FAUSSES CAUSES DU CHOMAGE

Education : le système éducatif français a des défauts, mais il a toujours fourni des experts et des travailleurs qualifiés dans tous les domaines. Aux USA les écoles sont pires et le chômage est moindre.

: le système éducatif français a des défauts, mais il a toujours fourni des experts et des travailleurs qualifiés dans tous les domaines. Aux USA les écoles sont pires et le chômage est moindre.

 

Impôts : les impôts en général sont lourds en France, mais les pays du nord de l’Europe sont encore plus taxés et le chômage est plus faible. Peut-être sont-ils néanmoins mal répartis.

: les impôts en général sont lourds en France, mais les pays du nord de l’Europe sont encore plus taxés et le chômage est plus faible. Peut-être sont-ils néanmoins mal répartis.

Immigration : là aussi, au moment où la France et l’Europe ont reçu le plus d'immigrés (années 60) il y avait moins de chômage, de même aux USA aujourd’hui.

: là aussi, au moment où la France et l’Europe ont reçu le plus d'immigrés (années 60) il y avait moins de chômage, de même aux USA aujourd’hui.

RETOUR SUR LE PLEIN EMPLOI

La croissance c’est l’activité économique d’un pays.

La France du plein emploi des années 50-70 a eu en moyenne une croissance d’environ 5 % par an. Cela a permit de mettre en place les grandes réformes sociales de l’après guerre : santé gratuite, éducation gratuite, fonction publique, etc. L’emploi se généralisait grâce à une forte croissance qui était amorcé par un système bancaire et financier contrôlé par l’Etat. Cercle vertueux : investissement, consommation, luttes sociales, hausse des revenus, etc.

1Banques, crédit et monnaie étaient les outils de cette croissance.

 

La croissance forte reposait donc sur :

sur :

- l’innovation recherche des entreprises d’Etat (Minitel, Concorde, TGV...),

- sur les grands travaux pilotés par l’Etat (autoroutes, barrages, centrales nucléaires...) et sur

- la consommation (société de loisirs, crédits immobiliers).

- planification indicative (commissariat général au Plan, DATAR...)

- contrôle de la monnaie, des banques et des frontières

 

En cas de ralentissement économique l’Etat utilisait le déficit public pour éviter que le crise dure, principe hérité de l’économiste Keynes qui inspira la sortie de la crise de 1929.

 

LA CAUSE DU CHÔMAGE : pas assez de croissance

Aujourd’hui les piliers de la croissance des années ont été sapés : peu de recherche, peu d’activité, peu d’innovation et un Etat absent ou inefficace (P.M.E. peu aidées...).

Pourquoi ?

Dans les années fin 70, début 80 un virage est pris : le modèle de l’Etat interventionniste est remis en cause au nom de la construction de l’Europe.

 

En 1983, la gauche fait une "pause" dans son programme de relance : entre Delors et Chevénement deux orientations opposées s’affrontent :

- soit on poursuit le système ancien avec de fortes luttes sociales, une certaine inflation mais surtout de l’emploi.

- soit on arrime le franc aux autres monnaies d’Europe (surtout le Deutsche Mark à l’époque) et en perdant le contrôle de sa monnaie la France encaisse plus de chômage.

 

Mitterrand décide de choisir Delors, Chevènement démissionne en affirmant que l’industrie française va péricliter et la France s’oriente vers un autre modèle qui derrière la façade sociale développe le "laisser faire" économique, c’est à dire le libéralisme. Le chômage est déjà là et ne baissera plus...

 

1984 : l’émission "vive la crise" (avec Montand) tente de populariser ce virage de la "gauche" : les gens sont individuellement responsables (taux de chômage 10 %)

: l’émission "vive la crise" (avec Montand) tente de populariser ce virage de la "gauche" : les gens sont individuellement responsables (taux de chômage 10 %)

 

1986 : la droite privatise, Le Pen se présente comme le "Reagan français" (sic). Tentative de baisse des impôts (ISF, revenu, etc.) : taux de chômage 11 %.

: la droite privatise, Le Pen se présente comme le "Reagan français" (sic). Tentative de baisse des impôts (ISF, revenu, etc.) : taux de chômage 11 %.

 

Les idées de tous les dirigeants (gauche comme droite) penchent du côté du libéralisme anglo-saxon. La droite abandonne le credo gaulliste de défense de la nation et la gauche laisse tomber les revendications des classes populaires.

 

Les dirigeants des partis de gouvernement ont les mêmes idées car ils sortent tous du même moule : ENA, haute fonction publique, droit...

 

La fin des années 80 n’a été qu’une succession plus ou moins rapide de petites "réformes" qui ont vidé le modèle social de sa substance en faisant grimper le chômage. Le "trou" de la Sécu peut être interprété comme une mise en scène destinée à discréditer le système solidaire de protection sociale.

 

1992 : le traité de Maastricth lie les Etats d’Europe dans une monnaie unique dont la gestion est confiée à une Banque Centrale Européenne indépendante des Etats, des élus et des peuples. Cette banque n’a qu’une mission : la maîtrise de l’inflation, l’emploi n’est pas la priorité (contrairement aux USA où la Réserve fédérale a pour mission de stimuler la croissance).

: le traité de Maastricth lie les Etats d’Europe dans une monnaie unique dont la gestion est confiée à une Banque Centrale Européenne indépendante des Etats, des élus et des peuples. Cette banque n’a qu’une mission : la maîtrise de l’inflation, l’emploi n’est pas la priorité (contrairement aux USA où la Réserve fédérale a pour mission de stimuler la croissance).

 

Ainsi, avec le traité de Maastricth l’Etat français ne peut plus avoir une vraie politique de l’emploi. Sa monnaie lui échappe. L’euro se révèle être une monnaie très forte, c’est à dire qui vaut plus que le dollar. Autrement dit les produits vendus en euros sont plus chers que ceux en dollar. A l’exportation les produits en euros sont moins "vendables" que les produits en dollars ou en livres sterling.

Par exemple en Europe les pays qui ont gardé leur monnaie nationale ont, en moyenne, plus d’activité et moins de chômage (pays nordiques), à l’inverse les pays de la zone euro ont pratiquement tous des difficultés : autour de 10 % de chômage (Fr, It, All...)

 

De plus la BCE contrôle les taux d’intérêt et les maintient très haut (pour contrer l’inflation) : cela empêche à la fois les particuliers et les entreprises d’investir. La finance détourne vers elle les richesses.

Le traité d’Amsterdam (ratifié par Jospin en 97) a créé le "pacte de stabilité" qui contingente le déficit public (à 3 % du PIB), c’est à dire que les Etats ne peuvent plus contrôler leur budget, donc impossibilité de jouer vraiment sur le déficit public. Aux Etats-Unis en cas de crise l’Etat peut jouer là dessus. Après le 11 septembre et suite à la crise boursière latente de la fin des années 90 Bush a fait passer le déficit américain de 0 à 4 % du PIB pour soutenir la croissance et donc l’emploi.

(ratifié par Jospin en 97) a créé le "pacte de stabilité" qui contingente le déficit public (à 3 % du PIB), c’est à dire que les Etats ne peuvent plus contrôler leur budget, donc impossibilité de jouer vraiment sur le déficit public. Aux Etats-Unis en cas de crise l’Etat peut jouer là dessus. Après le 11 septembre et suite à la crise boursière latente de la fin des années 90 Bush a fait passer le déficit américain de 0 à 4 % du PIB pour soutenir la croissance et donc l’emploi.

Donc, avec les traités européens : pas de recherche, pas de grands travaux, pas de crédits pour renforcer l’Etat là où c’est nécessaire.

Privatisations : depuis 86 et bien plus avec la "gauche plurielle" l’Etat contrôle moins d’entreprises, donc influe moins sur l’activité économique. France-Telecom était-elle une entreprises mal gérée ? Même question pour EDF ou les banques privatisée.

: depuis 86 et bien plus avec la "gauche plurielle" l’Etat contrôle moins d’entreprises, donc influe moins sur l’activité économique. France-Telecom était-elle une entreprises mal gérée ? Même question pour EDF ou les banques privatisée.

Dès lors, quelles solutions ?

 

SOLUTION(S)

- si on veut faire de la baisse du chômage une priorité et surtout une réalité, il faut laisser de côté d’autres choses : par exemple l’inflation. Tous les pays qui ont peu de chômage ont pas mal d’inflation.

- de plus en baissant les taux d’intérêts d’une façon rapide on ne rémunère plus l’épargne, même l’épargne populaire.

Dans le monde d’aujourd’hui où la technique et l’expertise règne on peut jouer sur l’économie. Pour la première fois depuis ses origines l’Humanité produit assez pour tout le monde, la misère, la pauvreté, la maladie sont très souvent la conséquence d’une mauvaise gestion.

 

Même dans un système capitaliste le chômage peut être baissé dans baisser les salaires ni le bien-être de la population.

Remettre l’Etat au centre de la régulation.

L’Etat doit de nouveau réguler l’économie. Réguler ne veut pas dire contrôler ou collectiviser. Les exemples de contrôles directs de l’Etat sur des entreprises n’ont pas été probants. Un encadrement réel avec peut-être des participations minoritaires (de blocage) dans des entreprises stratégiques ou encore des lois appliquées suffiraient.

Qui d’autre qu’un Etat peut réguler l’économie ? Qui peut indemniser des entreprises sinistrées ? Qui peut organiser la concurrence des entreprises ? Qui peut créer un droit du travail ?

 

Redevenir un Etat indépendant

Or, pour qu’une régulation réussisse il faut que la France redevienne un pays indépendant. Tout le travail réalisé dans les années 50-70 s’est fait dans une Europe non contraignante.

 

Pour réduire les taux d’intérêt, avoir un euro au service de la croissance et investir massivement dans la recherche et le développement, il faut d’une façon ou d‘une autre sortir des traités européens qui limitent ipso facto les possibilités d’emplois.

Freiner la financiarisation de l’économie : taxe Tobin

Autre problème : les grandes entreprises licencient pour faire monter leurs actions. Il faut éviter dans le cadre français que les entreprises françaises soient absorbées par des fonds de pension américains obsédés par 15 % de rentabilité. Une taxe Tobin serait la bienvenu pour détourner les capitaux spéculatifs de la France et refinancer la santé, la sécurité ou l’environnement.

 

Protectionnisme sélectif

En sortant des contraintes de l’Europe on pourrait très facilement taxer certains produits qui sont fabriqués et vendus sans que la concurrence ne s’exerce. Par exemple le textile chinois.

 

Revitaliser les services publics

Les produits de ces taxes sociales pourraient financer la santé, l’éducation, la police, l’environnement ainsi que la recherche tout en rendant les produits fabriqués en France (par les PME essentiellement) plus compétitives sur le marché intérieur. Là aussi, en l’état actuel des choses l’Europe interdit cette solution.

 

Refondre les aides sociales

La complexité des aides sociales et le RMI occupent des milliers de fonctionnaires. Sans réduire le principe ni le montant globale de l’aide sociale il serait utile de modifier sa distribution.

Pourquoi ne pas remplacer toutes les aides conditionnelles par un "Revenu Universel" inconditionnel. De la naissance à la mort chaque citoyen recevrait environ 400 euros. En touchant ce "RU" en plus d’un salaire, la fraude, l’assistanat et le travail au noir baisserait.

Le coût de cette aide resterait le même mais les fonctionnaires occupés à tous les contrôles actuels pourraient être employés ailleurs (environnement, inspection du travail, santé, etc.)

 

Taxer l’activité et défiscaliser le travail peu qualifié

Pour les emplois peu ou pas qualifiés (très mal payés et très précaires) il serait judicieux de supprimer totalement les cotisations sociales.

Les entreprises devraient être imposées non sur leurs bénéfices déclarés ou sur leurs employés, mais sur leur "valeur ajoutée brute" (activité globale d’une entreprise : bénéfices + amortissements + dividendes). Ce système taxerait les entreprises actives et soulagerait les entreprises qui emploierait.

07.03.2006

Fellations gratuites

Fellations gratuites

 

            Crimes horribles, tensions politico-religieuses, volcanique Proche-Orient… les prétextes ne manquent pas à nos dirigeants pour éviter de parler du social. Or, le social, c’est notre quotidien à tous. Oligarques gavés de stock-options ou jeunes condamnés à la précarité, le « social » c’est l’alpha et l’oméga de notre vie. Pas de nos vies de paradis ou d’enfer télévisées, mais bel et bien nos vies concrètes et quotidiennes.

            Dernière (et seule ?) innovation du gouvernement Villepin, la « réforme » du Code du travail, ce que la prétendue gauche avait débuté dès les années 80 (les TUC de L. Fabius), ce que E. Balladur avait tenté avec le « SMIC jeune », Villepin l’a imposé avec le C.N.E. et le C.P.E. En gros, des contrats qui allongent terriblement la « période d’essai » où le patron peut se débarasser d’un(e) salarié(e) sans avoir à se justifier.

            Du coup, derrière une baisse du chômage aussi lente que relative, les premiers abus ont atterris devant les prud’hommes : un salarié en CPE veut se faire payer ses heures sup : viré ! Une employée annonce qu’elle est enceinte : virée ! Une simple altercation ? Viré !

            Bref, les salariés en général et la jeunesse en particulier se trouvent face à une nouvelle machine infernale qui les pousse à travailler toujours plus pour être payé toujours moins. Ajoutez à cela la « réforme » des retraites de 2003 et vous obtiendrez une vie de travail bien moins rétribuée que celles de nos parents.

            Sur le papier, dans un monde idéal, la libéralisation du marché du travail aurait pourtant du bon : donner plus d’oxygène aux petites entreprises, remplacer le chômage et les aides sociales par un emploi précaire et peut-être des emplois précaires par des emplois tout court, etc. Mais ne rêvons pas, évitons les ritournelles du MEDEF, sans vraie politique industrielle, sans vraie croissance, sans rupture avec la bureaucratie rentière de l’Union Européenne toutes les « réformes » n’aboutiront qu’à une vulnérabilité supplémentaire des faibles (ceux qui ont besoin de travailler pour vivre) par rapport aux forts (ceux qui possèdent les richesses).

            Donc, on peut aisément imaginer à quoi seront réduit(e)s celles et ceux prisonniers de ces nouvelles conditions de travail pour espérer garder leur emploi.

            Ainsi, nous conseillons aux candidats favorables à l’américanisation de la société française (en clair l’axe UMPS) de reprendre le « mangez des pommes » de J. Chirac en 95, jamais il n’a été autant d’actualité… C’est peut-être ça la « France d’après »…

Mais « d’après » quoi au juste ? Réfléchissons… En tout cas c’est encore mieux si c’est gratuit.

06.03.2006

CARICATURES, la conjuration des IMBECILES

CARICATURES DU PROPHETE

La conjuration des imbéciles


             Dans l’affaire des caricatures, pourquoi la colère de certains musulmans ne s’est-elle pas faite connaître plus tôt ? Et pourquoi une telle ampleur ?
En effet, c’est au mois de septembre qu’un quotidien danois a publié des caricatures du prophète de l’Islam. Son but était de défendre la liberté d’expression et aussi de rompre le climat délétère autour de cette religion[1]. En tout cas, depuis plus d’une semaine et surtout depuis que s’est enclenché une sorte de surenchère en Occident et dans les pays musulmans, la violence verbale et parfois physique se déchaîne. A qui profite ce gonflement médiatico-politique ?
            Reste que ce prétendu épisode du « choc des civilisations » n’a pas éclaté dans un ciel serein. Guerre en Irak, occupation de la Palestine, pressions sur la Syrie et l’Iran… Et si cette vague de protestation n’était qu’une riposte aux pressions impérialistes de l’Occident dans la région ?
            Seulement, cette hypothèse serait incomplète puisqu’elle négligerait la spécificité de l’idéologie islamiste qui, au détour de cette nouvelle affaire, tente de décupler ou plus exactement de créer un clivage entre les peuples musulmans et les autres…
  1. Un complot islamophobe ?
Force est de constater que depuis le 11 septembre 2001 l’image de l’Islam n’a cessé de se dégrader dans les pays développés. Mais cette détérioration n’était qu’un nouvel épisode du long pourrissement de l’image de l’Islam d’Occident. Sans remonter aux guerres coloniales, la brusque montée du chômage et la délinquance dans les années 80 a touché les populations immigrés (essentiellement des Turcs et des Maghrébins). De plus, l’arrivée à l’âge adulte des enfants du regroupement familial a montré une intégration majoritaire mais aussi à la marge une inflation de comportements jugés antisociaux et antirépublicains par la masse des Européens « de souche ». Affaire de voile, polygamie, crimes « d’honneur », provocations antisémites, mariages forcés, etc. si les media ont mis en exergue et parfois même exagérer ces affaires réelles (car on parle toujours davantage des « trains qui n’arrivent pas à l’heure »), il faut bien reconnaître que des réseaux islamistes se sont implantés partiellement mais réellement dans une minorité des musulmans d’Europe. En France ces réseaux ont eu la partie moins facile qu’ailleurs. En effet le modèle républicain et la politique de ministres comme C. Pasqua ou JP Chevènement a su frapper quand c’était nécessaire. Mais en Grande-Bretagne, en Hollande ou même au Danemark, au nom du communautarisme d’Etat de ces sociétés, les musulmans les plus conservateurs voire les réseaux terroristes n’ont guère peiné à prospérer à l’ombre du reste des musulmans.
Dès lors, après le les attentats du 11 septembre, certaines forces politiques jadis très favorables aux communautarisme et  différencialisme se sont brutalement retourné contre leurs anciens protégés. La ligne éditoriale de certains grands hebdomadaires français a épousé ce virage en amalgamant islam et terrorisme, oubliant un peu vite qu’ils avaient été jadis très tolérants au nom de la « lutte contre le racisme du Front National ».
Les Musulmans étant inassimilables, violents et antisociaux, il devenait tentant pour ces media et ceux qui les possèdent de chercher sans arrêt des preuves de ce « problème islamique ».
Agitation (et acharnement médiatique) autour des affaires de voile, amalgame douteux entre islam et émeutes de la fin de l’année 2005, affaires sordides de type « tournante », crime d’honneur, etc. Le quotidien danois n’était pas le premier à présenter une réalité partielle et partiale de l’islam… Ne dit-on pas que pour tuer son chien on dit qu’il a la rage ?
Si il n’existe pas à proprement parler de « complot islamophobe » contre la religion fondée par Mahomet, force est de constater que dans les élites occidentales, certains réseaux se sont rallié à la thèse de S. Huntington de « choc des civilisations[2] », thèse qui a servi de support théorique au nouvel impérialisme américain au Proche-Orient après la fin de la guerre froide. Sans cette nouvelle islamophobie (renforcé par les habituels thuriféraires du sionisme), il n’y aurait pas eu ces violences, mais dans les pays musulmans, certains ont profité de la prétendue offense faite à Mahomet pour développer le même discours que les islamophobes occidentaux à savoir que le monde islamique et le monde occidental sont des ennemis par nature hier comme demain.
  1. Sincère colère musulmane ?
En Occident la liberté d’expression est vieille de plus d’un siècle. Avec des hauts et des bas, elle s’est définitivement imposée dans le courant du XX°s et fait partie du paysage politique, intellectuel et moral des tous les pays développés. Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi et l’Eglise tenta jusqu’à ces dernières années d’influencer le législateur. Rappelons simplement le scandale que provoqua le film « la dernière tentation du Christ » qui déboucha sur l’incendie d’un cinéma parisien… Néanmoins, on peut très facilement ridiculiser les dogmes chrétiens ou se moquer du « saint père »… Cette liberté n’est pas négociable et fait l’unanimité en Occident, mais elle est liée à un niveau de développement et à des mœurs politiques en grande partie inconnues dans le monde musulman.
Si certaines sociétés islamiques s’entrouvrent à la pluralité d’expression, cela ne se fait jamais dans la sérénité et le contexte (pauvreté, corruption, islamismes, régimes autoritaires…) soumet les musulmans à de rudes et contradictoires pressions. Le « modèle » occidental fascine. Efficacité économique, développement social, innovation technologique… Les media occidentaux véhiculent les symboles de l’Occident mais ce que les télévisions par satellites ne précisent pas et ce que les peuples musulmans ne réalisent pas réellement c’est le « coût » sociétal de cette apparente réussite. Si l’Occident est un modèle pour les pays en voie de développement, ce n’est pas tant parce qu’il est occidental ou chrétien, mais simplement parce qu’il irradie le monde de ses produits plus modernes, plus attirants et plus vendeurs. La force de l’Occident vient avant tout de ses armées et de son commerce. La rue arabe juxtapose donc des vêtements américains et des tenues traditionnelles dans la plus parfaite confusion…
Le succès occidental a résulté d’une vieille industrialisation et a entraîné dans les sociétés occidentales une dissolution des valeurs issues du monde rural. En Occident la famille, les solidarités entre génération, la religion, la morale ne sont plus des boussoles dans l’existence. Le « jeunisme », le mépris des anciens, l’indifférence religieuse sont généralisés[3] et les Musulmans d’Egypte, du Maghreb ou d’Indonésie ne comprennent pas cette réalité. Si les princes saoudiens achètent jets privés, 4X4 climatisées et de l’art contemporain, ils n’acceptent pas la société qui va avec. C’est cette situation paradoxale qui rend l’islamisme parfois « sympathique » aux yeux des Musulmans. Sans comprendre ni partager l’idéologie des différents courants de l’islamisme contemporain (wahhabisme, salafisme, Frères Musulmans…) les masses musulmanes sentent bien qu’elles renforceraient encore plus la domination écrasante de l’Occident si elles acceptaient de se « moderniser[4] » sans pour autant récolter les fruits du développement et encore moins réduire la pression politique des Etats-Unis en Irak[5] comme ailleurs… La colère de la rue musulmane résulte donc de ce vieux malentendu entre société occidentale ouverte et libérale et consensus islamo-social qui sert de cadre à une résistance au néo-colonialisme mondialiste. L’inflation islamophobe qui se développe en Occident rencontre donc le cocktail explosif qui agite la majorité des pays musulmans dont les grandes villes sont peuplées de foules misérables prisonnières de préjugés ruraux et de conditions de vie déplorables[6].
Reste que ce n’est pas l’ensemble du monde musulman qui s’est soulevé. Contrairement à ce que suggère les télévisions seules certaines villes ont vue des actes violents se dérouler. Où précisément ? Là où les pouvoirs politiques sont en porte-à-faux.
Premièrement à Gaza des groupes ont manifesté violement contre les bâtiments de l’Union Européenne puis devant les représentations diplomatiques du Danemark et de Norvège. Qui a animé ces manifestations ? Alors que le Hamas est resté quasiment silencieux[7] le Djihad Islamique et des groupes liés aux Brigades des Martyrs d’Al Aqsa étaient au premier plan de ces violences. Il n’y a pas de hasard : ces deux organisations sont les grandes perdantes des dernières élections palestiniennes : la première n’a pas été suivie dans son appel au boycott et la seconde a été ridiculisé par le score du Fatah[8].
En Syrie des manifestants ont incendié les ambassades danoise et norvégienne. Or, à Damas, nul ne peut manifester et se rassembler sans la tolérance ou la complicité des agents du pouvoir. Laisser la pression monter contre des pays occidentaux peut avoir deux avantages pour les dirigeants syriens : se poser en alternative au chaos islamiste et aussi riposter aux pressions internationales dans le dossier libanais. En Iran (où le chiisme n’interdit pas la représentation de Mahomet) le pouvoir cherche dans cette affaire a riposter aux pressions sur son programme nucléaire. Au Liban aussi des violences inattendues ont touché les symboles de l’Occident. Faut-il y voir la main de Damas qui ferait ainsi diversion ? C’est en tout cas la thèse de Saad Hariri.
Même constat en Irak, Afghanistan et en Indonésie où la situation est tellement tendue que le moindre prétexte est exploité pour se révolter.
A Londres et à Paris de modestes (et calmes) manifestations de musulmans ont eu lieu. Elles répondent à la volonté des réseaux intégristes de créer et développer de toute pièces des différences et des haines entre les citoyens de différentes religions.
Les musulmans sont donc libres de désapprouver les caricatures de leur prophète, ils sont libres d’être en colère, tout comme les dessinateurs sont libres de caricaturer qui y veulent quand ils veulent. Mais les organisateurs passifs ou actifs des manifestations violentes qui ont eu lieu brusquement des mois après la publication des dessins ne sont pas suspects de la même sincérité. Islamistes adeptes eux aussi du « choc des civilisations » ou dirigeants arabes désireux de faire diversion dans leur population, tous instrumentalisent la religion au profit de leurs ambitions politiques locales ou régionales, tout comme certains politiciens français utilisent « l’islamisation de la société » pour exploiter la peur des « honnêtes gens » scandalisés devant leur téléviseurs…
  1. Echapper au « choc des civilisations »
Le seul danger de ce scandale, comme de ceux qui l’ont précédé est celui-là : monter les peuples les uns contre les autres. Et justifier ainsi les pires discours et les plus détestables violences. Dans un contexte où le monde arabo-musulman subit la mondialisation marchande, des interventions militaires et ne sait comment sortir du sous-développement, il est suicidaire que l’Occident, déjà perçu comme impérialiste et arrogant se laisse aller à une islamophobie généralisée. La civilisation arabo-musulmane mérite mieux que le mépris de quelques intellectuels de salon.
A l’inverse, la colère de certains musulmans et surtout l’exploitation politique par certains réseaux anti-démocratiques ne peut que décupler une méfiance et un rejet des Musulmans d’Europe déjà plus touchés que les autres par le chômage et les difficultés sociales. Or, les peuples d’Europe sont las des incidents à répétition intégrant à un moment ou à un autre une dimension « islamique » ou « migratoire » (éléments associés dans l’imaginaire collectif).
En effet, les extrémistes des deux camps ne peuvent qu’applaudir à la culpabilité collective des Danois et à l’amalgame entre musulmans et manifestants violents.
L’idée de « choc des civilisations » et ceux qui utilisent la dernière affaire comme preuve de cette opposition indépassable entre Occident et Orient, en Europe, en Israël ou ailleurs dans le monde ne peut que nous précipiter vers un nouveau âge des croisades et autres guerres saintes inutilement meurtrières et exclusivement bénéficiaires aux partis de la guerre…


[1] Notament après l’assassinat de Théo Van Gogh en novembre 2004 en Hollande

[2] « le choc des civilisations » a été publié n 1993, rappelons que S. Huntington fut expert en contre -insurrection à l’époque de la guerre du Vietnam

[3] avec les dérives connues : pornographie, délinquance des jeunes, libéralisme, communautarisme, etc.

[4] en clair se désislamiser

[5] à noter que l’homme politique le plus « moderne » est I. Allaoui, le plus proche partisan des occupants américains

[6] Au Caire, même les classes moyennes vivent dans les bidonvilles souffrant de coupures d’eau et d’électricité

[7] appuyant vaguement un boycott des produits danois

[8] les Brigades des Martyrs d’Al Aqsa passent pour être le bras armé du Fatah


[1] Notament après l’assassinat de Théo Van Gogh en novembre 2004 en Hollande

[2] « le choc des civilisations » a été publié n 1993, rappelons que S. Huntington fut expert en contre -insurrection à l’époque de la guerre du Vietnam

[3] avec les dérives connues : pornographie, délinquance des jeunes, libéralisme, communautarisme, etc.

[4] en clair se désislamiser

[5] à noter que l’homme politique le plus « moderne » est I. Allaoui, le plus proche partisan des occupants américains

[6] Au Caire, même les classes moyennes vivent dans les bidonvilles souffrant de coupures d’eau et d’électricité

[7] appuyant vaguement un boycott des produits danois

[8] les Brigades des Martyrs d’Al Aqsa passent pour être le bras armé du Fatah

05.03.2006

La révolution conjugale, vers la fin de la famille ?

M. Foucault avec l’ambiguïté qu’on lui connaît avait déjà démontré comment sexualité et procréation s’était peu à peu séparé aux XIX° et XX°s, de plus, il fut l’acteur et le spectateur des années 70 qui furent dans l’Occident industriel la pépinière des sexualités alternatives et des mutations de la famille.


 Tout comme 1789 déboucha sur l’empire, la « révolution sexuelle » déboucha sur une marchandisation générale des corps, celui de la Femme, puis celui de l’Homme et de l’Enfant.
Nous-mêmes issus physiquement et idéologiquement de ces années d’après-guerre il nous ait, plus qu’aux observateurs de demain, difficile et pénible de revenir sur les errements ou les impasses de ce mouvement de fond. Défendre la famille, l’autorité à l’école ou même les personnes âgées n’est-ce pas « conservateur », « réactionnaire » et « pétainiste » ? Force est de constater que le débat est encore largement miné par la dictature molle du politiquement correct et autres procès en sorcellerie intellectuelle.
La pensée Mai 68 prédisait un nouveau type de relations hommes / femmes, le couple rural et traditionnel devait disparaître au profit de relations enfin apaisées et égalitaires entre des hommes et des femmes éduqués, libres de vivre ensemble, de se séparer, de faire un enfant, ou pas, de jouir, etc.
Les violences conjugales, l’avortement ou encore les divorces étaient donc destinées à disparaître rapidement avec la fin des tabous sociaux, les moyens de contraceptions et les unions libres.
Qu’en est-il aujourd’hui, alors que les idéaux de Mai 68, le libéralisme sociétal ou encore la « gauche » sont plus que jamais au pouvoir ?
Les meurtres de Femmes par leur « compagnon » n’ont jamais disparus et le problème reste entier. Les avortements sont toujours aussi nombreux et les divorces touchent ou peuvent toucher tous les couples, quelque soit leur classe sociale, leur âge ou leur région.
Désespérés les travailleurs sociaux ne savent que compter les souffrances sociales qui auraient dû très logiquement disparaître avec les libertés accordées aux couples. Sans Eglise, Parti ou patriarcat forçant les jeunes à se contenir, se marier et faire X enfants plus de prostitution ni d’adultères possibles.
Alors que les intellectuels sont très partagés entre un très prudent retour critique sur la « révolution sexuelle » et sa fuite en avant, il est peut-être temps de savoir d’où vient cette prétendue libération des moeurs et surtout où va ce mouvement de mutation de la famille dans les pays post-industriels.

I.     de l’intérêt de l’adultère
1. un élément de puissance sociale
Les romans naturalistes du XIX°s sont plein d’histoires d’adultère, comme ceux du Moyen-Age ou encore les pièces d’Aristophane ou celle de Molière. Liées à la nature humaine, la « faute » et la trahison du mariage ont toujours bénéficié d’une étonnante indulgence dans les élites. Les maîtresses de Louis XIV avaient même un rôle publique alors même qu’officiellement le roi n’était pas au dessus de la morale chrétienne. De même les libertins du XVIII°s comme les bourgeois du XIX°s avaient une sorte de « droit » à entretenir des maîtresses plus ou moins officielles… Cette anormalité apparente (et donc cette norme acceptée de facto) était liée au pouvoir de ces personnages sociaux. Les maîtresses des rois ou les danseuses des barons capitalistes n’étaient là que pour sanctifier et illustrer le pouvoir économique et politique des dominants du moment. Le mariage était alors une sorte de contrat économico-moral destiné à transmettre dans les meilleures conditions le patrimoine : pouvoir politique pour les dynasties royales et propriété pour les bourgeois. Le droit d’aînesse (généralisé par Napoléon) si cruel pour les « bâtards » et autres cadets n’était finalement que le prix à payer pour une société conservatrice et stable. Dans cette logique, l’adultère n’était qu’une expression parmi tant d’autres du pouvoir des riches du moment. Entre pulsion sexuelle et nécessaire médiatisation la « faute » était un rouage du système.

2. un danger pour les dominés
Mais cette situation ne prévalait que dans les élites. Pourquoi ? Non que les « cornes » n’aient jamais poussé chez les pauvres, mais les conditions favorables étaient rarement au rendez-vous : l’adultère implique une distanciation par rapport à la morale (religieuse), chose peu aisée jusqu’aux années 60 dans les classes populaires. Il faut aussi une liberté de mouvements et de rencontres très réduites dans les campagnes. Bref, quand l’adultère se réalise dans une société traditionnelle, c’est le drame et la violence obligatoire car elle implique trop d’instabilité et de risques collectifs pour être tolérée : propriété foncière, enfants illégitimes, affrontements claniques, etc. Les vestiges actuels de cette identité rurale nous montrent jusqu’où peut aller la cruauté des chefs de clans ridiculisés par l’adultère (musulmans intégristes, Gens du voyage, mafieux italiens…).
L’économie conjugale antérieure aux années 1960 repose donc sur une adultère (avec une maîtresse, une prostituée, une domestique…) comme élément de décor du pouvoir des puissants. Elle n’implique en elle-même aucune suite car elle participe à l’équilibre de la société pyramidale de l’époque.
Comme élément d’une économie conjugale patriarcale et passéiste l’adultère était sensée disparaître avec la libération des moeurs. Pourquoi tromper sa femme si on l’a choisi et qu’on l’aime librement ? Pourquoi prendre un tel risque si le mari est à égalité avec sa femme ? Dans l’optique du concubinage il devient même incongru de songer à une telle hypothèse…
N’étant plus en principe épouvantée et dégoûtée par le plaisir sexuel, la femme-mère n’impliquait plus automatiquement le recours à une professionnelle de la bagatelle, etc.
Dès lors la survie du phénomène (comme la prostitution) et sa généralisation sont-ils la simple résultante d’une addition d’exceptions individuels révoltantes ou d’un phénomène plus large ?

II.               la fin du mariage d’amour
1. les possibilités du mariage d’amour entre économie et sentiment

Le mariage d’amour, modèle insurpassable des années d’après-guerre, est né dans les cerveaux utopiques des libertins du XVIII°s. Ces derniers théorisaient déjà la fin du modèle matrimonial issu de la féodalité et garanti par l’Eglise. Certes ces nobles dévoyés étaient les premiers bénéficiaires de cette volonté de briser les cadres traditionnels du mariage. Riches, connus pour leur goût du paraître, ils avaient en tête l’idée de décupler leurs conquêtes afin de trouver la partenaire idéale pour un mariage sur la base d’une communauté de pensée, de culture et de sexualité.
Des pièces de Molière (premier des Libertins sous le jeune Louis XIV) puis de celles de Beaumarchais sous Louis XV est sortie l’idée très moderne (et très urbaine) que le mariage ne devait plus être obligatoirement une association froide d’intérêts familiaux convergents.
Il fallu la Révolution puis la désintégration du couple Eglise / société rurale pour que le mariage d’amour devienne possible dans le cadre d’un Etat fort et régulateur. En effet, si un Etat ne garantit pas des droits égaux pour tous, alors le mariage d’amour entre deux individus n’est pas possible. Il faut que les individus en question soient plus ou moins autonomes de leur famille, de leurs croyances ou encore de leur patron pour qu’un relatif libre-arbitre puisse s’exercer… Cette véritable révolution fut possible dans le cadre de la France de l’après-guerre où les derniers cadres traditionnels de la morale réactionnaire avaient sombrés avec Vichy.
Très lentement l’idéal un peu fou du mariage d’amour devint possible avec ses caricatures comportementales, à savoir la jeune fille romantique et naïve et le jeune homme intimidé par la nécessité de faire une sorte de cours. De cette possibilité naquit les jeunes couples modernes des années 60-80, enfin débarrassé des vieux verrous sociaux et politiques, tout devenait enfin possible. Et on ne peut s’empêcher de songer à Lénine qui disait que la Révolution était la condition nécessaire à l’épanouissement du couple monogame stable.
Or dans les pays concernés il n’y avait pas eu de révolution… ou alors une révolution partielle et temporaire (les grandes réformes des années 45).

2. la fin d’une synthèse précaire
Que sont devenus les couples idéaux de ces années ? La plupart ont divorcés en soldant le petit pavillon périurbain, les enfants sont devenus l’enjeu symbolique d’une lutte sans répit et les familles recomposées n’ont été qu’une pâle réponse à la décomposition du lien familial avec tout ce qui va avec : dépression, suicides, violences, délinquance, etc.
En effet le mariage d’amour (c'est-à-dire une relation durable et stable) est resté une sorte d’utopie peu résistante aux contradictions du Marché. En effet, aux années de capitalisme régulé (années 50-70) a succédé depuis les années 80-90 le temps du capitalisme dérégulé, c'est-à-dire du néolibéralisme où le seul Marché doit définir en temps réel la valeur. Par valeur il faut entendre malheureusement valeur du baril de pétrole mais aussi valeurs morales.
De la société antique est née le mariage romain, c'est-à-dire monogame, stable et orienté vers la procréation, même logique pour l’univers féodal qui, comme l’antiquité, devait lutter contre la précarité de l’existence et les crises démographiques.
Le développement des grandes villes et l’amélioration des conditions de vie à partir des XVIII° et XIX°s ne pouvaient que déboucher sur un autre type de mariage : le mariage d’amour, compromis équilibré entre nécessité de fonder une famille et allégement des contraintes économiques et sociales pesant sur l’individu. Si les sentiments amoureux ne sont pas aussi éternels que les couples stables, des arrangements réciproques et les avantages cumulés de la fidélité surent stabiliser temporairement l’ensemble.
Cet idéal qui occupe encore nos représentations idéales de la famille ne sont en fait qu’un résultat très boiteux et bancal. En effet, la courbe des divorces est tout à fait parallèle à celle du chômage et celle de la précarité de l’emploi. De même le développement fulgurant des familles dites mono-parentales n’a pu que déstabiliser les enfants et donc les inciter à être instables à l’âge adulte, etc.
Les couples en principe totalement libres de se former, de décider d’avoir un enfant, de choisir leurs plaisirs charnels étaient donc au final plus instables et plus menacés que les couples du passé. Pourquoi ?
3. instabilités = marchés 
A dire vrai le capitalisme et les sociétés qu’il implique s’accomodent très mal de stabilité. Pour développer des produits, étendre des clientèles, décupler ses profits, en somme accumuler, il lui faut une forte dose d’instabilité sociale : l’instabilité de l’emploi baisse les salaires (et augmente les marges), l’instabilité morale élimine des interdits économiques[1], l’instabilité familiale répond à la même machinerie : ainsi le secteur de la bourgeoisie qui a les familles les plus stables sont les bourgeoisies les plus installés dans le paysage[2]. Dans cet univers conservateur et discret la famille monogame stable est un gage d’accumulation capitaliste et le patrimoine ne saurait se transmettre autrement que par de judicieux mariages. On vit ce type des structures familiales émerger aussi dans la grande industrie. Mais cette époque est révolue. Les richesses et la grande propriété n’appartiennent plus à des « familles », mais à des organisations opaques, géantes et tentaculaires, les fonds de pensions américains ou encore à de gigantesques associations internationales d’actionnaires petits et grands.
Ce capitalisme déterritorialisé et déshumanisé est le stade suprême de l’accumulation. Les grandes multinationales, découplées de tout individu, n’ont qu’un but et une seule finalité : accumuler toujours davantage de titres de propriétés[3]. Dans cette logique sans retour en arrière possible, tout doit être sacrifié dans cette course folle et, au détour d’un renouvellement de génération, les grandes familles se sont effacées au profit de cartels et de trusts internationaux. La concentration, résultat du capitalisme, fait émerger des groupes géants phagocytant la petite propriété tant terrienne qu’industrielle ou artisanale.
Disons-le tout net le mariage d’amour entre individus rationnels et libres de toute aliénation correspondait à cet épisode très court dans l’histoire de l’Humanité où la petite et moyenne propriété avait besoin de sa forme familiale stable et égalitaire[4]. Un couple, même amoureux, c’est avant tout une unité de production intelligente et capable d’anticiper l’avenir. L’instabilité proverbiale des étudiants ou des artistes s’explique avant tout par la précarité et l’irrégularité de leur quotidien. Installé dans des travails stables et attachés faire fructifier un patrimoine modeste (généralement un logement, une ferme ou des économies « placées ») le couple se crée par amour avant de se stabiliser par intérêt. L’association sentimentalo-hormonale que l’on nomme « amour » est possible dans cet univers à la fois urbain, moderne et stable. En supprimant les éléments de stabilité de la société occidentale issue des grandes réformes d’après-guerre, le capitalisme néo-libéral a abolit aussi la durabilité du mariage d’amour.
Dans une société authentiquement industrielle, la production brute tend à être le centre de l’économie, la commercialisation, la publicité ou encore le marketing ne sont que des détails sous-développés. Dans une société de services, la production (délocalisée généralement) importe bien moins que la valorisation symbolique du produit. La fabrication s’efface devant la promotion. Le coût de production devient de plus en plus faible par rapport au reste (conditionnement, présentation, publicité, commercialisation…).
Le mariage d’amour (favorisant dans une économie maîtrisée la création et la transmission d’un patrimoine) n’est plus « compétitif » dans une économie où il est plus rentable d’être que de paraître.
L’explosion des divorces, la promotion porno-publicitaire des sexualités marginales ou encore l’érotisation médiatique des très jeunes adolescentes ne relèvent nullement du complot mais bel et bien de l’évolution mécanique de l’économie post-industrielle, les services sexuelles sont des services comme les autres... Tant que la valeur d’un objet sera basée non sur son coût de production, mais sur sa place dans la hiérarchie symbolique des apparences, le couple stable et fidèle des années 50-70 ne sera qu’un anachronisme soumis à d’énormes pressions. Pour augmenter ses marges le système génère une instabilité qui n’a aucune raison d’épargner la famille. Les éléments qui fragilisent et éclatent les familles ont bien souvent une origine économique : canons de la beauté féminine, sexualité dérivant des dogmes du porno ou encore modes sociales diverses débouchent très souvent sur le surendettement puis le divorce, sans compter les aléas de la vie économique : chômage, mutations imposées, précarité, etc.
III.  la famille est-elle condamnée ?
1.